Evasion de Redoine Faïd: «En cavale, il faut être capable d’abandonner sa famille»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Photo prise le 2 octobre 1987 à Paris d'André Ségura, condamné à perpétuité pour une série de hold-up.
Photo prise le 2 octobre 1987 à Paris d'André Ségura, condamné à perpétuité pour une série de hold-up. — AFP

Durant sa carrière, on l’appelait le «gentleman braqueur». Condamné dix fois par contumace, André Ségura a finalement hérité du surnom de «Dédé la cavale» après s’être échappé à six reprises de prisons françaises (lire ci-dessous). Pour 20 Minutes, il a accepté de revenir sur ses années de cavale alors que Redoine Faïd, échappé samedi de la prison de Sequedin (Nord), court toujours.

Un homme en cavale est-il forcément repris par les forces de l’ordre?

Ca dépend de plusieurs choses en fait. Pour moi, une cavale n’est pas forcément vouée à l’échec. Il y a des erreurs à ne pas commettre. Mais c’est très compliqué…

Quel genre d’erreur?

La principale est de faire confiance aux gens de votre entourage ou qui vous aident lors d’une cavale. Ils ne savent pas comment les flics enquêtent, ce qu’il faut faire et ne pas faire. Après un passage par l'Argentine, je suis rentré en France. J’avais une bonne identité. Tout allait bien. Mais je savais que j’étais recherché. Finalement, les forces de l’ordre ont «levé» (repéré) tous les gens qui, de près ou de loin, pouvaient avoir un contact avec moi. C’est comme ça qu’ils m’ont remonté.

En cavale, il faut donc faire une croix sur sa vie d’avant?

Si on est seul, cela ne pose pas de problème. C’est beaucoup plus compliqué quand vous avez une famille. Il faut être capable, psychologiquement, d’abandonner sa famille, ses amis. Ce n’est vraiment pas évident de couper les ponts. Et c’est essentiellement par ce biais-là que les flics reprennent les fuyards.

Pour réussir sa cavale, il faut aussi avoir de l’argent, non?

Oui, c’est le deuxième point important. Soit on a réussi à mettre un peu d’argent de côté. Soit on n’en a pas. Dans ce cas-là, il faut retourner au charbon. Enfin, je parle pour les braqueurs. Les «pointeurs» (surnom donné aux violeurs dans les prisons) n’ont aucun intérêt à récidiver. Mais les braqueurs doivent souvent reprendre des contacts pour faire un coup et gagner un peu d’argent. Et ce sont souvent les premières personnes qui sont placées sur écoute quand vous vous évadez…

Il n’y a donc aucune chance de retrouver une vie normale?

Quand j’étais en cavale à l’étranger, je menais une vie presque normale. En fait, je ne me sentais pas en cavale. On peut vivre normalement. Mais il faut être encore plus prudent que d’habitude. Mener une vie la plus normale possible. Par exemple, il ne faut pas griller un feu rouge, pas se garer sur une place handicapés, pas même traverser en dehors des clous. Un simple contrôle peut tout faire capoter…

 Y a-t-il un facteur chance?

Oui, je le pense. La chance peut déjà jouer lors d’une évasion. Je me souviens qu’une fois, je n’avais rien préparé et qu’une occasion s’est présentée. C’est pareil pour la cavale. Si ça se trouve, Redoine Faïd est planqué quelque part où les flics n’imaginent pas qu’il se trouve. S’il est assez patient, il a une chance…

Il a scié les barreaux, fabriqué une grenade en savon...

La première évasion d'André Ségura date du 23 septembre 1985. Incarcéré à la prison de Nîmes (Gard) pour un vol qu'il dit ne pas avoir commis, André Ségura passe deux mois à scier les barreaux de sa cellule avant de prendre la poudre d'escampette. Rattrapé, il parvient également à s'enfuir en courant du bureau du juge d'instruction qu'il l'entend à Grasse (Alpes Maritimes). Parmi ses faits d'armes, on peut aussi raconter comment il est parvenu à s'échapper en fabriquant une fausse grenade avec du savon de Marseille. La  plus célèbre de ses cavales a débuté en 1987. Avec deux comparses, il parvient à creuser dans le bois d'un tabouret pour fabriquer ce qui ressemble, de loin, à un pistolet.