Festival des conversations: «Aujourd'hui, on est trop dans l’instantané et moins dans la réflexion»

INTERVIEW Mardi se tient à Paris la première édition du Festival des conversations. «20 Minutes» a discuté avec son cofondateur Guillaume Villemot, directeur d'agence publicitaire, convaincu qu’«on ne prend plus le temps d'écouter l'autre» et d'échanger aujourd’hui...

Propos recueillis par Anaëlle Grondin

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Une femme utilise son smartphone au restaurant.
Une femme utilise son smartphone au restaurant. — OJO Images / Rex Features

Ecouter son interlocuteur. Revoir son rapport au temps. Réapprendre à se parler, et le faire au-delà de Facebook, Twitter et sa boîte de messagerie. C’est le cheval de bataille de Guillaume Villemot, qui lance ce mardi à Paris le premier Festival des conversations. Entretien.

En quoi consiste ce «Festival des conversations» que vous lancez cette année? 

Je travaille dans le monde la communication depuis plus de vingt ans et j’observe ce qui se passe autour de moi. On n’a jamais été aussi connecté et paradoxalement on n’a jamais été aussi isolés les uns des autres. En constatant cela, je me suis dit: «Si on essayait de faire quelque chose pour donner envie à quelques personnes de changer un peu leurs pratiques et leurs habitudes?». Au lieu de faire une «journée de la conversation», j’ai imaginé un festival. Ca donnait un côté plus festif et accessible à tous.

Les études publiées ces dernières années sur l’isolement à l’ère du numérique disent tout et son contraire…

C’est certain que les réseaux sociaux nous offrent la possibilité d’échanger plus. Mais il faut savoir les utiliser dans un schéma conversationnel.  On n’arrive plus à rester concentré plus de 10 minutes. Exemples: on est au téléphone et on envoie un mail en même temps. Regarder son smartphone en discutant avec quelqu’un, c’est aussi anti-conversationnel. On doit être capable d’écouter ce que l’autre a à nous dire. On regarde aussi sans arrêt nos mails sur notre smartphone. Chez les jeunes, le stress est proportionnel au nombre d’amis sur Facebook: à chaque fois qu’on publie un statut, on est à la course du nombre de likes. Mardi, on va dévoiler une charte à travers laquelle on veut faire émerger de nouvelles habitudes. Sans rentrer dans un monde de Bisounours, on veut amener les gens à prendre en compte l’autre.

Vous êtes donc en guerre contre les réseaux sociaux?

Surtout pas. On en a besoin. Je ne peux moi-même pas vivre sans être connecté. Le festival c’est tout sauf une opposition entre anciens et modernes. On veut faire en sorte que ces outils nous apportent quelque chose. En France un art de la conversation existait. On l’a oublié. Regardez comment les gens conversent entre eux en Afrique du Nord: «Comment ça va? Comment va la famille?». On veut savoir dans quel état d’esprit est la personne en face de nous. En France, on s’en fout. Regardez ce qui se passe sur Facebook: on y raconte ce que l’on fait. Aujourd’hui on est trop dans l’instantané, on n’est moins dans la réflexion. Sur les réseaux sociaux on est limité dans le format. Il faut être capable de pouvoir se poser et prendre le temps d’une conversation. 

Pouvez-vous nous en dire plus sur la charte que vous allez présenter?

Elle se présente en plusieurs modules. D’abord, les conversations en entreprise, avec des bonnes pratiques. Il faut toujours se poser la question du bien fondé d’un e-mail par rapport au dialogue. Savoir prendre le temps de répondre à un mail. On a des entreprises et DRH avec lesquelles on va travailler sur la modification des comportements. Aux Etats-Unis, Intel fait une journée avec zéro mail interne. C’est une connerie, c’est pas comme ça qu’on change les comportements des gens. Deuxième chose, la conversation moderne, à savoir «Comment je me sers d’Internet?». Ne pas faire de Facebook un espace de nombrilistes. Quel intérêt de dire que vous êtes en train de boire un café chez Starbucks? En revanche donner un avis sur un livre, cela peut apporter quelque chose.

Vous allez initier un «palmarès des villes les plus conversationnelles». Quels critères vous intéressent?

Comment on réussit à faire en sorte que les gens dans les quartiers aient envie de se parler, au-delà de la fête des voisins. Mettre en place des projets pour que les gens échangent. Montpellier est la ville la mieux classée à l’heure actuelle. Elle a mis en place un site qui permet non seulement d’échanger entre la Ville et ses administrés, mais de favoriser le dialogue transversal entre les quartiers, entre autres. Les villes se sont élargies. Il y a une chose qu’on a oublié de faire: on n’a plus d’espaces de vie. Il faut mettre en place des initiatives. La petite bibliothèque ronde à Clamart favorise les échanges autour de la nourriture. Le repas est fédérateur et crée les conversations. On veut essayer de mettre ce genre de choses en avant en dialoguant avec les mairies et associations.

Est-ce que vous pensez qu’il y a une spécificité pour Paris, grande ville connectée? On dit souvent que les gens ne se parlent pas dans la capitale…

Si je devais donner un classement maintenant [le palmarès doit être publié en 2014], elle ne serait pas dans les cinq premières. Le dialogue vertical marche bien mais on n’est pas dans les logiques de transversalité. Je suis curieux de voir ce que vont donner les berges rive gauche. Ce genre d’expérience est intéressant. En revanche, Paris Plage est excluant. Et ce n’est pas parce qu’on crée des sites web, des applications smartphone et qu’on a une page Facebook qu’on est conversationnel.

Voir le programme du Festival des conversations, qui se déroule le mardi 16 avril 2013 au Mona Bismarck American Center for Art & Culture, dans le 16e arrondissement de Paris.