Redoine Faïd: Un braqueur érigé en mythe dans son quartier d'origine

FAITS DIVERS Le malfrat en cavale est présenté comme un héros par des jeunes de la cité de Creil (Oise) où il a grandi...

A Creil (Oise), William Molinié

— 

La cité Guynemer à Creil (Oise) où le braqueur en cavale Redoine Faïd a grandi, le dimanche 15 avril 2013.
La cité Guynemer à Creil (Oise) où le braqueur en cavale Redoine Faïd a grandi, le dimanche 15 avril 2013. — Vincent Wartner / 20 MINUTES

«Un loup en fuite», un «guerrier», «un héros», «un mythe»… Les qualificatifs élogieux ne manquaient pas dimanche dans le quartier d’origine de Redoine Faïd pour décrire le braqueur de 40 ans en cavale depuis samedi matin. Rue Guynemer, à Creil (Oise), où il avait emménagé avec sa famille en 1975 dans un appartement HLM de 120 m2, le malfrat qui se disait repenti est érigé en véritable figure du quartier. «De toute manière, on n’a qu’une seule personne connue ici. C’est lui», explique un garçon. «Nous les jeunes, on ne le connait pas vraiment car il n’est pas de notre génération», indique-t-il. «Mais c’est un peu un mythe. Il a mis en avant le quartier Guynemer!», lâche-t-il avant d’être rejoint par des amis.   

Une jeune maman qui se présente comme «une ex-belle-sœur de Redoine Faïd» poursuit l’éloge. «C’est un gars bien, très intelligent. Il n’a jamais eu de problème à Creil. Sans doute a-t-il vraiment essayé de se repentir. Mais la prison n’est pas faîte pour se réintégrer», estime-t-elle. A-t-elle une idée où il pourrait se trouver? «Il doit déjà être bien loin. En tout cas, je l’espère pour lui», souffle-t-elle.

«Personne n’ira le dénoncer»

C’est à Creil, ville de près de 35.000 habitants avec un taux de chômage en 2009 de 21,2% selon l’Insee, que le spécialiste des attaques de fourgons blindés, surnommé «Doc», a ses premiers faits d’armes. D’un profil de petit caïd des cités, il endosse assez rapidement le costume taillé pour le grand banditisme. En décembre 1995, lui et quatre autres individus séquestrent le directeur d’une BNP de Creil, sa compagne et leurs enfants. Déguisés en père Noël ou portant des masques de personnalités politiques, ils parviennent à extorquer, à l’issue de cette prise d’otage, près de 30.000 euros.

Cette image de «Robin des Bois» continue de le suivre encore aujourd’hui, d’autant qu’il aurait, selon les enquêtes des policiers, abondamment recruté dans son quartier d’origine. «S’il a besoin de dormir une nuit ou deux par ici, vous êtes certain que personne n’ira le dénoncer. Ce sera même un honneur, pour ses amis, de le recevoir», lâche cette ancienne membre de la famille Faïd qui ne souhaite pas révéler son nom.

«Vivre avec l’angoisse de se faire arrêter»

Sur le plateau Rouher, un autre quartier de Creil, où Redoine Faïd a habité un quatre pièces jusqu’à l’âge de quatre ans, quelques trentenaires assis sur un banc public profitent du soleil dominical. «C’est fort. Vraiment fort», reconnaît avec un brin d’admiration l’un d’entre eux qui a appris son évasion dans la matinée. «Là, ce qu’il a fait, c’est encore plus que Heat», s’exclame-t-il faisant référence au film réalisé par Michael Mann, dont le braqueur a souvent dit être un grand fan. Alors même qu’il est soupçonné de meurtre d’une policière, ses admirateurs n’en démordent pas. «Les policiers ont voulu lui mettre dessus du sang qu’il n’a pas fait couler», affirme-t-on.

Si la plupart des jeunes habitants rencontrés ce dimanche à Creil semblent admiratifs du parcours émaillé d’ennuis judiciaires de Redoine Faïd, certains prennent la mesure de la difficulté d’une cavale. «Il a fait des années de taule. Il va devoir vivre avec l’angoisse de se faire arrêter. Ça ne va pas être facile», estime un garçon croisé dans le quartier de la gare. «A sa place, je crois que j’aurais préféré encaisser les années de prison. Puis reconstruire après ma vie.»

C’est pourtant ce que Redoine Faïd avait annoncé vouloir faire en se lançant à 37 ans dans l’écriture d’un livre paru en 2010, où il exprimait des regrets. On y apprenait, entre autres, que Jacques Mesrine était une figure qui l’avait marquée. «Pour des gens comme nous, [il] était le représentant du petit peuple face aux puissants», écrivait-il alors. Dans le quartier Guynemer, à Creil, il a d’ores et déjà gagné cette image auprès de certains jeunes du quartier.