Des équipes de trafiquants vietnamiens se spécialisent dans la culture indoor de cannabis

William Molinié
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Les policiers de l'OCRIEST ont saisi mardi 9 avril environ 800 pieds de cannabis dans un pavillon à Stiring-Wendel (Moselle) cultivés par des ressortissants vietnamiens.
Les policiers de l'OCRIEST ont saisi mardi 9 avril environ 800 pieds de cannabis dans un pavillon à Stiring-Wendel (Moselle) cultivés par des ressortissants vietnamiens. — OCRIEST, DCPAF

Les Vietnamiens se sont-ils spécialisés dans la fabrication indoor de haschich? Mardi, les policiers ont mis au jour une impressionnante ferme de production de cannabis dans un pavillon loué de Stiring-Wendel (Moselle), à quelques kilomètres de la frontière allemande, a appris mercredi 20 Minutes auprès de la police. Environ 800 plants de cannabis ont été retrouvés, ce qui correspond à 324kg d’herbe. Pour faire pousser cette production quasi-industrielle, 179 lampes à sodium étaient raccordées par un «branchement sauvage» à une colonne d’électricité située sous le trottoir. L’installation électrique était «hallucinante», commente une source policière.

Six individus interpellés ont été placés en garde à vue et pourraient être déférés dès jeudi soir au parquet de Sarreguemines. D’après les policiers de l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (OCRIEST) qui ont mené l’enquête, trois d’entre eux sont soupçonnés d’être les meneurs de cette organisation de trafiquants. Les trois autres sont considérés comme des «jardiniers», amenés depuis le Vietnam comme «main-d’œuvre».

Des «équipes» de Vietnamiens ont investi l’Europe

Ce n’est pas la première fois que les policiers français de la police aux frontières (PAF) découvrent que des Vietnamiens, réputés pour être plutôt discret, se livrent à ce type d’activité. A chaque fois, le même scénario se dessine. «La plupart du temps, on enquête sur une banale filière de passage. On se rend compte qu’elle part vers l’Est de la France», explique à 20 Minutes le patron de l’OCRIEST, Julien Gentile. «Ce sont de petites équipes, composées de quelques individus qui ont un certain savoir-faire et qui font venir travailler des Vietnamiens comme jardiniers afin de payer leur passage», poursuit le commissaire.

En deux ans, c’est le cinquième réseau de ce type que parviennent à démanteler ces policiers spécialisés qui font tomber une trentaine de filières d’immigration clandestine chaque année. A en croire Julien Gentile, des «équipes» de Vietnamiens ont investi l’Europe. «Nos collègues britanniques, allemands, ou encore du nord de l’Europe nous rapportent en nombre ce même type d’affaires depuis quelques années. C’est assez récent», explique-t-il. La série avait commencé début 2011 avec la découverte à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) d’une ferme de cannabiculture. Récemment, en décembre 2012, près de 2.000 pieds de cannabis avaient été retrouvés dans une maison abandonnée à Saverne (Bas-Rhin).

Ces trafiquants Vietnamiens ne se chargent que de produire et de sécher le cannabis. «Ils ne gèrent pas la distribution», précise le policier. Les investigations vont se poursuivre, non pas pour remonter la filière, mais, chose inhabituelle, afin de la redescendre. «L’idée est de savoir à qui ils vendent en gros et quel est le chemin de la drogue.» De leur côté, les trafiquants renvoyaient une partie de l’argent au Vietnam. Un des individus interpellés a indiqué aux policiers qu’il parvenait à réunir 170.000 euros à la revente.