Affaire Cahuzac: Que savait François Hollande?

M.Gr. avec agences

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François Hollande, le 21 mars 2013, à Alfortville.
François Hollande, le 21 mars 2013, à Alfortville. — LEMOUTON-POOL/SIPA

«Qui peut croire aujourd'hui que François Hollande et Jean-Marc Ayrault n'étaient au courant de rien?» La question, posée mercredi par Jean-François Copé, n'a toujours pas trouvé de réponse. Mais après les aveux de Jérôme Cahuzac, quelques éléments apportent un éclairage sur ce qu’en savait le chef de l'Etat.

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Et à en croire Edwy Plenel, «François Hollande n'a pas d'excuse. Il n'en a aucune (...) François Hollande savait exactement ce que tout le monde savait», comme il l'a réaffirmé sur France Culture mercredi.

Car selon le co-fondateur du site Mediapart, qui avait révélé début décembre l'existence du compte en Suisse de l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, «tout cela était sous les yeux (...) Les informations étaient sur la table de manière très documentée dès le début décembre», a-t-il estimé.

Pourtant, à deux reprises, l'ancien ministre du Budget a juré au Président que ces révélations étaient fausses. D'abord le 4 décembre 2012 lors d’un coup de téléphone, durant lequel Jérôme Cahuzac lui affirme qu'il n'a aucun compte à l'étranger, rapporte Le Monde.

«Les yeux dans les yeux»

Dans la foulée, Mediapart publie un enregistrement audio dans lequel une personne, présentée par le site comme étant Jérôme Cahuzac, s'inquiète d'un compte «ouvert à l'UBS». Le week-end suivant, le Président revoit son ministre du Budget, «les yeux dans les yeux». Et ce dernier lui réaffirme ne pas détenir de compte à l'étranger.

«Si tu me dis que tu n'as pas de compte en Suisse, je te défendrai», tranche alors François Hollande, qui aurait pourtant fait comprendre à Jérôme Cahuzac ce que représenterait une fraude fiscale pour un ministre du Budget. Qui plus est après une campagne présidentielle placée sous le signe de la «République irréprochable».

Note blanche

Le Monde fait également état de rumeurs, déjà relayées par Julien Dray au lendemain de la victoire de 2012 au sujet d'un compte à l'étranger. Mais difficile, pour le Président, de se baser sur des rumeurs pour écarter Jérôme Cahuzac.

Une note blanche (note de renseignements) aurait même été remise à François Hollande en décembre, rapporte Le Point. Une note dont l'existence a été démentie par la garde rapprochée du Président et, à nouveau par son ministre de l'Intérieur, ce jeudi.

Quant aux révélations de Mediapart, difficile de croire que François Hollande n'y ait pas accordé un certain crédit. Dans une vidéo de 2010, le futur candidat à la présidence semblait en effet très lucide quant au rôle du site d'information.

Laisser faire la justice

Dans un enregistrement, rediffusé par l'émission Dimanche+ sur Canal+, il expliquait en effet que «Mediapart n'est pas au service de l'opposition. D'ailleurs je pense que lorsque nous serons, j'espère à partir de 2012, en responsabilité, il y a tout à craindre de ce que sera ce devoir d'information, de critique, qu'exercera, je n'en doute pas Edwy et son équipe».

Et si, entre les déclarations de son ministre et les révélations du site Mediapart, le président avait finalement voulu laisser passer la justice dans cette affaire? «La justice, rien que la justice, toujours la justice», aurait-il en effet répondu à Edwy Plenel et Jean-Pierre Mignard, avocat du site, en les invitant à publier leurs preuves, rappelle Le Monde.

Sauf que le temps de la justice n'est pas le même que celui des médias. Ni du politique.