Diversité: «Hollande n’a pas tenu ses engagements»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Louis-Georges Tin, président du CRAN, à la conférence de Moscou sur les droits des homosexuels du 27 mai 2011.
Louis-Georges Tin, président du CRAN, à la conférence de Moscou sur les droits des homosexuels du 27 mai 2011. — NATALIA KOLESNIKOVA / AFP

Tout ça manque cruellement de couleurs. Sur les 52 préfets nommés par François Hollande depuis son arrivée à l’Elysée, seuls trois sont issus de l’immigration. C’est encore pire pour les ambassadeurs où un seul représentant de la diversité a été nommé sur 32 hauts fonctionnaires. Louis Georges Tin, le président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) revient, pour 20 Minutes, sur l’enquête qu’il publie ce mercredi.

Etes-vous surpris par les résultats de l’enquête?

Pas tout à fait surpris. En fait, nous nous sommes réjouis lors de la formation du gouvernement. Il y avait des femmes et des personnes issues de la diversité. Mais très rapidement, nous avons vu que cela ne serait pas suivi d’effets. Libération avait d’ailleurs publié une enquête sur les «cabinets blancs» des ministres

Qu’est-ce qui vous choque le plus?

Je crois que c’est le résultat de l’enquête sur les ambassadeurs. Ils doivent être choisis pour leur compétence et leur connaissance du terrain. La France se prive de certains atouts en ne nommant pas des personnes issues de la diversité compétentes et qui connaissent bien le terrain. Notamment en Afrique et en Asie. La situation des préfets laisse également à désirer.

Croyez-vous que cela peut changer en cours de mandat?

Non. Le gouvernement n’a aucune intention de réformer sur la diversité. Il va continuer à discriminer jusqu’en 2017. François Hollande avait pris trois engagements dans ce domaine. Il voulait retirer le mot «race» de la Constitution, mettre en place le droit de vote des étrangers aux élections locales et développer une attestation de contrôle pour éviter les délits de faciès lors d’interpellations. Le pire, ce n’est pas que ces trois engagements n’aient pas été tenus, c’est qu’ils aient été trahis…

Politiquement, cela peut nuire à François Hollande?

Je le crois. Pour moi, François Hollande n’est pas seulement injuste, il est aussi stupide. Il a fait ses meilleurs scores électoraux dans les départements d’outre mer et en Seine-Saint-Denis, avant la Corrèze. Mais avec ce genre de nominations, il déçoit son électorat. Les gens qui ont massivement voté pour lui risquent de se réfugier dans l’abstention lors des prochains scrutins.

Quelles recommandations formulez-vous?

Il faudrait déjà que François Hollande prenne conscience du problème. Ce genre d’enquête peut l’y aider. Ensuite, il faut que les concours des grandes écoles, comme celui de l’ENA ou du Quai d’Orsay, mettent en place des voies d’accès spécifiques aux étudiants boursiers issus de milieux défavorisés. Ensuite, il faut une vraie concertation avec les associations qui luttent contre le racisme. Il y a bien eu un comité interministériel mais les associations n’ont pas été invitées. Comme disait Nelson Mandela: «Les décisions prises pour nous mais sans nous sont en fait contre nous…»