Les «cannabis social clubs» vont déposer leurs statuts en préfecture ce lundi

Vincent Vantighem

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Les saisies de plants sont en augmentation depuis 2003, atteignant 43 tonnes en 2008 dont 24 en Espagne et 15 en Bulgarie.
Les saisies de plants sont en augmentation depuis 2003, atteignant 43 tonnes en 2008 dont 24 en Espagne et 15 en Bulgarie. — Leon Neal AFP/Archives

«Pour fumer tranquilles, cultivons cachés!» Ce vieil adage des fumeurs d’herbe est en passe de devenir obsolète. Réunis en «cannabis social clubs» (CSC), des fumeurs ont choisi, à partir de ce lundi, de se déclarer officiellement en associations dans toutes les préfectures de France. S’il a le temps, Farid devrait ainsi effectuer toutes les démarches administratives. Il y a un peu moins d’un an, ce quadragénaire parisien a monté un club avec trois amis. « On met chacun 50 euros par mois sur deux zones de culture, confie-t-il. Ça fait 6kg d’herbe par an pour quatre…»

Près de 130 plants détruits par la police

Gros fumeur, Farid reconnaît que son club ne suffit pas à subvenir à ses besoins. Profitant du contexte politique, c’est pourtant l’objectif que se sont fixé les CSC. «On fume de la bonne qualité sans en faire profiter les trafiquants, note Farid. Pourquoi ne pas nous accorder un statut dérogatoire à titre expérimental?» Sans doute parce que cela reste illégal. Chantre français des CSC, Dominique Broc en a fait l’amère expérience. Le 20 février, de bon matin, les policiers sont venus détruire les 126 plants qu’il soignait précieusement dans son club d’Indre-et-Loire.

Trente ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende

Mais, plutôt que de refroidir les ardeurs du peuple de l’herbe, cette expérience l’a encore plus solidarisé. «Depuis son arrestation, j’ai reçu une centaine de lettres de fumeurs qui se dénoncent comme produisant, eux aussi, du cannabis, témoigne Philippe Baron, l’avocat de Dominique Broc. Par cet acte de désobéissance civile, ils se disent prêts à être jugés avec lui…» Et assument le risque: en bande organisée, la production de stupéfiants est passible de trente ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende. «S’il faut en passer par là, on le fera, assure Farid. Les autorités ne se rendent pas compte de notre nombre. Les tribunaux vont être engorgés…» Il y aurait en effet environ 400 clubs aujourd’hui en France.