Alpes-Maritimes: Une clinique devant la justice pour un échange de bébés

SOCIETE Manon et Mathilde, 18 ans, n'ont pas été élevées par la bonne famille...

Corentin Chauvel

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Google Maps de Cannes (Alpes-Maritimes).
Google Maps de Cannes (Alpes-Maritimes). — 20minutes.fr

Une histoire qui fait irrémédiablement penser à La Vie est un long fleuve tranquille, d’Etienne Chatilliez. Six ans après la sortie du film, en juillet 1994, le même scénario se déroulait dans une clinique de Cannes (Alpes-Maritimes), où deux bébés, Manon et Mathilde, étaient échangés par inadvertance, rapporte ce vendredi Le Parisien.

Nés à un jour d’intervalle, les deux nourrissons avaient été placés quelques jours après leur naissance dans le même berceau de la maternité parce qu’ils souffraient de la jaunisse. Sauf qu’ils n’avaient pas leur bracelet nominatif, pourtant obligatoire. L’échange a eu lieu ensuite, mais de manière involontaire malgré des doutes émis par la défense des parents sur la fiabilité de l’auxiliaire puéricultrice qui s’occupait des enfants.

Une plainte au pénal classée sans suite

Ce n’est qu’en 2002, alors que les fillettes ont 8 ans, que l’affaire est mise en lumière lorsque le père de Manon demande un test de paternité devant le manque de ressemblance manifeste entre lui et sa fille. Le verdict tombe deux ans plus tard: lui et sa femme ne sont pas les parents biologiques de Manon. Dans la foulée, le couple dépose une plainte au pénal «pour substitution d’enfant», poursuit Le Parisien.

L’enquête avance vite. La famille de Mathilde, qui habite toujours également dans les Alpes-Maritimes, est retrouvée et les tests effectués sur le couple et leur fille confirment l’échange. La clinique reconnaît bien l’erreur, mais celle-ci n’étant pas délibérée, la plainte est classée sans suite un an plus tard, en 2005. C’est alors au civil que les deux familles contre-attaquent en 2010. La clinique, deux médecins accoucheurs, deux pédiatres et l’auxiliaire puéricultrice incriminée sont assignés en responsabilité.

Douze millions d’euros réclamés

L’affaire est toujours en cours d’instruction à l’heure actuelle. Les victimes réclament plus de douze millions d’euros d’indemnisation. Une somme qui fait bondir la clinique cannoise, qui estime que les deux mères auraient pu s’apercevoir beaucoup plus tôt de la mégarde, notamment parce que l’une des deux jeunes filles est métisse. De plus, les établissements de santé «sont tenus à une obligation de moyens et non de résultats», précise Le Parisien.

Jusqu’à maintenant, Manon et Mathilde ne sont pas retournées vivre avec leurs parents biologiques. Manon, qui a eu une adolescence difficile après cette révélation, explique au quotidien qu’elle n’a pas réussi à créer de véritables liens familiaux. «C’est mon cœur qui parle. C’est la preuve que les liens du sang n’ont pas tout pouvoir», clame-t-elle.