Essonne: Bientôt une assistance sexuelle pour les personnes handicapées?

Mathieu Gruel avec agences

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Le conseil général de l'Essonne travaille à la mise en place d'un service d'aide à la sexualité, destiné aux personnes handicapées
Le conseil général de l'Essonne travaille à la mise en place d'un service d'aide à la sexualité, destiné aux personnes handicapées — ANSOTTE/ISOPIX/SIPA

Il y a les pour, les contre... et au milieu, la loi. Car en France, l'aide sexuelle apportée à des personnes handicapées n'est pas autorisée. L'initiative du conseil général de l'Essonne, qui travaille à la mise en place du premier service public de l'éveil à la sexualité, est donc pour l'instant illégale.

Car en adoptant une attitude «abolitionniste», la France n'interdit pas la prostitution de manière générale et absolue, mais ne l'interdit que lorsqu'elle concerne des mineurs ou des personnes particulièrement vulnérables. Un accompagnement sexuel des personnes handicapées pourrait donc être assimilé au fait de prodiguer des prestations sexuelles.

C'est d’ailleurs cette forme de prostitution que dénoncent certaines associations féministes hostiles au projet. «Aujourd'hui, c'est pour les handicapés, demain ce sera pour les personnes âgées?», s'est ainsi insurgée Anne-Cécile Mailfert, porte-parole d'Osez le féminisme. «Une femme n'est pas le médicament d'un homme», a-t-elle poursuivi, rappelant que la proposition était en l'état «illégale».

Service public des prostitués?

Mais Jérôme Guedj, le président du conseil général de l'Essonne, se dit pourtant «opposé à la marchandisation du corps». Pour lui, il ne s'agit pas d'instaurer «un service public de prostitués». «Nous souhaitons réfléchir à un cadre éthique et juridique pour cette mission complémentaire de l'accompagnement des personnes handicapées», a-t-il affirmé.

Car le sujet, déjà abordé au cinéma dans des films inspirés de faits réels, tels que The Sessions ou Nationale 7, a ses défenseurs. «Il s'agit d'une initiative citoyenne, qui brave les interdits et les tabous», s'est en effet réjouie Pascale Ribes, vice-présidente de l'Association des paralysés de France (APF), qui y voit le «dernier droit à conquérir pour les personnes en situation de handicap».

Un «droit» dont disposent déjà certains de nos voisins européens. En Allemagne ou aux Pays-Bas, pays dits «réglementaristes», la prostitution est en effet acceptée dans un cadre juridique précis, qui la réglemente comme toute autre activité. Cette vision, plus ouverte et libérale, a permis la mise en place des structures organisant l’accompagnement érotique.

En 2011, le député UMP Jean-François Chossy avait déjà fait une tentative pour faire avancer ce sujet en France, en proposant de légaliser le statut d'assistant sexuel. Mais le 12 mars dernier, le Comité national consultatif d'éthique (CCNE) avait émis un avis défavorable aux assistants sexuels pour les personnes handicapées. Relevant des risques importants de dérives, le comité préconisait toutefois une formation des personnels soignants et éducatifs à la sexualité des patients.

«Tout reste à définir»

Car au regard de certains textes, la sexualité peut être considérée comme un droit fondamental et universel de la personne humaine. C'est d’ailleurs ce que dispose l'article 25 de la Convention internationale des Nations unies, relative aux droits des personnes handicapées. Le texte de la consultation technique internationale sur la santé sexuelle, organisée en 2002 par l’Organisation mondiale de la santé, définit également la santé sexuelle comme «un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en rapport avec la sexualité, qui ne se borne pas seulement à l’absence de maladies, dysfonctionnements ou infirmités».

Alors, si la sexualité est bien «le dernier droit» à obtenir pour les handicapés, les conclusions de cette réflexion ne devraient pas être connues avant la fin de l'année. «La formation, le cadre, tout reste à définir, à encadrer. Ensuite je ne sais pas jusqu'où ça va aller. Est-ce que ça va aller jusqu'à l'acte sexuel? Je ne sais pas», a tempéré Jérôme Guedj.

Le lancement de cette réflexion doit en tout cas être entériné lundi, à l'occasion de l'adoption par la collectivité du schéma départemental en faveur des personnes handicapées. Début avril, un groupe de travail avec des associations et des juristes devrait être constitué, et des voyages d'étude notamment en Suisse et en Belgique, où l'aide sexuelle est légale, sont prévus. En attendant, le débat est lancé. Et si le service voyait le jour, il s'agirait d'une première en France.

>> Approuvez-vous cette expérimentation? Estimez-vous que les «assistants sexuels» sont assimilables à des prostitués? La gratuité proposée par Jérôme Guedj change-t-elle la donne? Pensez-vous que cette pratique devrait être légalisée?

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