L'armée française traque les djihadistes dans le massif des Ifhogas, au nord-Mali, comme ici le 17 mars 2013.
L'armée française traque les djihadistes dans le massif des Ifhogas, au nord-Mali, comme ici le 17 mars 2013. — K. TRIBOUILLARD / AFP

SOCIÉTÉ

Djamel ou l'itinéraire d’un djihadiste français

lon «le Parisien» il a servi dans la police française, ce que dément le ministère de l'Intérieur...

Au Mali, les soldats français, maliens et tchadiens luttent contre des djihadistes. Dont certains sont Français. L’un d’entre eux, Djamel, a été arrêté en mars par les soldats français et Le Parisien, qui a retrouvé sa sœur Sonia, dresse ce lundi son portrait. D’après le quotidien, cet homme âgé de 37 ans a servi auparavant dans la police française. Le ministère de l'Intérieur et les autorités de police et de gendarmerie ont démenti ce lundi soir auprès de l'AFP ces informations, assurant que le djihadiste présumé n'avait jamais appartenu ni à la police, ni à la gendarmerie.

Sonia, âgée d’une trentaine d’années, explique que on frère qui a la double nationalité franco-algérienne, a longtemps vécu en Haute-Savoie, à Bonneville, où il s’est marié. Il est ensuite rentré à Grenoble (Isère), chez sa mère, après son divorce avec la mère de ses trois enfants. Grenoble, c’est la ville choisie par le père de Djamel et Sonia, un ouvrier spécialisé dans la chimie, pour s’établir quand il quitte l’Algérie en 1977. Djamel se distingue rapidement par ses qualités athlétiques, rapporte Sonia, qui précise que son frère demande la nationalité française à sa majorité, et qu’il l’obtient sans problème.

Et la soeur d'expliquer en détail son passage dans la police, bien que démenti par le ministère de l'Intérieur: «A la fin des années 1990, il a travaillé dans la police. A la BAC, la brigade anti criminalité de Grenoble. Il a donc porté l’uniforme français. C’est vrai que cela peut paraître hallucinant lorsqu’on voit ce qu’il est devenu aujourd’hui. Il voulait devenir CRS. Il est resté environ un an au sein de la BAC». Sonia insiste sur un épisode qui pourrait, a posteriori, avoir joué un rôle dans son parcours: une fois, Djamel a dû arrêter un de ses frères dans le cadre de ses fonctions et «ses collègues lui avaient alors lancé quelques piques. C’est une des raisons de son départ».

«Il a fait du mal à tout le monde. Il faut qu’il paye»

C’est ensuite que Djamel serait parti à Bonneville, où il rencontre sa future épouse. «A cette époque, Djamel était comme tout le monde. Il aimait faire la fête. Il allait à la mosquée, sans plus», témoigne sa sœur. Mais après 2005, il a commencé à se radicaliser, «à se laisser pousser la barbe, à avoir de mauvaises fréquentations avec des barbus qui essayaient d’endoctriner les jeunes», rapporte Sonia. Il enchaîne les jobs dans la sécurité, dans le bâtiment, et tombe peu à peu dans le salafisme, dit-elle. «Il disait parfois qu’il allait rejoindre Al-Qaida», poursuit-elle, des paroles qui n’étaient pas prises au sérieux par son entourage.

En novembre dernier, alors qu’il vivait chez sa mère, Djamel lui indique qu’il part travailler à Paris. Mais il téléphone à son ex-femme pour parler à ses enfants et elle se rend alors compte qu’il appelle de l’étranger, du Mali. «On ne s’attendait pas à ce qu’il passe à l’acte comme ça», s’indigne sa sœur. Pour elle, «il a trahi sa famille, il a trahi une nation, il a trahi la France. Il s’est aussi trahi lui-même. Car il a demandé à être Français. Détenir une carte d’identité française et aller combattre la France, il faut vraiment être culotté. Il a fait du mal à tout le monde. Il faut qu’il paye», s’insurge Sonia. Elle attend des explications de la part de son frère, «qu’il dise pourquoi il a fait ça, comment il en est arrivé là».

Pour l’instant, Djamel est toujours au Mali, en attente d’extradition vers la France.