Roms: Manuel Valls tient-il le même discours que la droite?

SOCIETE Un responsable associatif dénonce les propos «ethnicisants», voire la «position raciste» du ministre de l’Intérieur...

Enora Ollivier

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Un camp de Roms, évacué le 22 novembre 2012 sur les berges de la Garonne, à Toulouse.
Un camp de Roms, évacué le 22 novembre 2012 sur les berges de la Garonne, à Toulouse. — LANCELOT/SIPA

Le succès de Manuel Valls «repose sur un discours qui n’est pas de gauche». La phrase de Claude Guéant, dimanche, prend une consonance particulière alors que les propos de l’actuel ministre de l’Intérieur sur les démantèlements de camps font grincer des dents. Manuel Valls serait-il le digne successeur de la droite sur la question des expulsions?

«Ses propos sont inacceptables», tempête Laurent El Ghozi, un des fondateurs du collectif Romeurope. «Il continue à parler de Roms», alors qu’en France, «il n’y a pas de minorités ethniques, il n’y a que des citoyens», poursuit-il, dénonçant une dénomination «ethnicisante» voire «une position raciste». Une erreur qu’avait déjà commise Brice Hortefeux en août 2010 lors d’une conférence de presse, rappelle Laurent El Ghozi: le ministre de l’Intérieur de l’époque avait évoqué «les Roms» quand le préfet de police avait employé le terme de «citoyens roumains et bulgares».

«Contradiction» entre la position du gouvernement et celle de Valls

L’interview donnée ce vendredi par Manuel Valls au Figaro est «de mauvais augure», a également estimé dans un communiqué l’association La voix des Roms. «Elle annonce un durcissement de la politique à laquelle nous assistons depuis 2003, lorsque Nicolas Sarkozy devint ministre de l'Intérieur», a-t-elle écrit. 

Laurent El Ghozi s’émeut par ailleurs de la «contradiction» entre la position du gouvernement –une circulaire interministérielle sur «l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites» a été signée le 26 août 2012– et celle de Manuel Valls.

«Pourquoi le ministre sollicite-t-il les rédactions, en mars, alors que rien ne le justifie?» s’interroge Laurent El Ghozi, qui craint une «surstigmatisation» des personnes concernées. Pire: le 4e trimestre 2012 est «le pire depuis deux ans» en terme de retours à la frontière. Deux ans… soit environ le début de la politique initiée par Nicolas Sarkozy après son discours de Grenoble, dans lequel il préconisait des solutions drastiques pour lutter contre la délinquance. Le chef de l’Etat avait alors visé en particulier la communauté rom, et s’était engagé à démanteler la moitié des implantations sauvages de campements dans les trois mois.

12.000 reconduites à la frontière en 2012

Bilan:  en 2010, selon le ministère de l’Intérieur, plus de 9.000 Roms sur les 15.000 vivant en France ont été expulsés, et les trois-quarts des 600 à 700 campements illicites sont démantelés. En 2011, le nombre de reconduites à la frontière s’est élevé à 10.000 et en 2012… à 12.000.

Manuel Valls soutient d’ailleurs dans son interview au Parisien que «les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner». «De la désinformation volontaire!» estime Laurent El Ghozi  puisque «le fait est qu’ils n’y restent pas». En effet, malgré les reconduites à la frontière, le nombre de Roumains et Bulgares pauvres en France ne faiblit pas, voire augmente. Ils sont actuellement entre 15.000 et 20.000 sur le territoire.

«Je le constate depuis plus de vingt ans: la majorité des personnes qui  ont obtenu un titre de séjour ont été intégrées», assure le le responsable associatif, qui préconise un meilleur accompagnement des gens vivant dans les bidonvilles.