Neige: Comment la pagaille aurait-elle pu être évitée?

SOCIETE Chacun reconnaît ses responsabilités, mais peut toujours mieux faire...

Corentin Chauvel

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Lille, le 12 mars 2013. Des fortes chutes de neige paralysent la métropole lilloise.
Lille, le 12 mars 2013. Des fortes chutes de neige paralysent la métropole lilloise. — MIKAEL LIBERT/20 MINUTES

Le gouvernement a eu beau vouloir rester en dehors de toute «polémique politicienne», aucun ministre n’a pu s’empêcher de faire remarquer que la «crise météorologique» de mardi et ce mercredi avait été largement mieux gérée que celle connue par leurs prédécesseurs en décembre 2010. La pagaille n’a malgré tout pas été complètement évitée, et les leçons commencent déjà à être tirées.

Pour l’ancien secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, qui avait manqué, à un mois près, la galère de décembre 2010 justement – remplacé par Thierry Mariani-, le gouvernement aurait pu réagir plus tôt, avec ou sans cellule interministérielle. «Il y a toujours la tentation d'aller dans une salle avec des gens affairés, des téléphones et montrer qu'on s'en occupe», a-t-il déclaré ce mercredi matin sur Canal+. Dominique Busserau estime également que le ministre délégué chargé des Transports, Frédéric Cuvillier, «avait un peu disparu des écrans», mais «si c'était pour s'en occuper sérieusement, tant mieux!».

Trop d’alertes ou pas assez?

Selon Dominique Bussereau, la leçon à tirer de l'épisode actuel se situe principalement «sur l'alerte». «Les compagnies de transports devraient pouvoir rapidement alerter leurs clients» via SMS ou Internet, a-t-il précisé, visant particulièrement la SNCF. Mais celle-ci s’est défaussée indirectement sur Météo-France, estimant, auprès de 20 Minutes, que «l’alerte ne correspondait pas du tout à ce qu’il s’est passé», d’où une réaction tardive à l’attention de ses usagers.

En réponse, l’organisme météorologique estime avoir agi avec bon sens. «Si on était passé en vigilance rouge dès dimanche, on aurait lancé 80% de fausses alertes», a indiqué à 20 Minutes le responsable de la prévision de Météo-France, Jean-Marie Carrière. Ce dernier estime plutôt qu’il vaudrait mieux améliorer la communication sur les zones d’incertitude avec un message clair.

L’information avant tout

Pour le gouvernement, qui a maintenu tout du long qu’il maîtrisait la crise, c’est en effet sur l’information et sa diffusion qu’il faudra insister à l’avenir. Malgré l’appel, dès mardi matin, à respecter les consignes des autorités à ne pas se déplacer, les routes ont parfois été bloquées par des «naufragés volontaires et involontaires» et des transporteurs ayant tenté de poursuivre leur chemin. Mais, comme le rappelait mardi le directeur des routes d’Ile-de-France, contacté par 20 Minutes, «même en conduisant avec prudence, il peut y avoir des accidents».

A la SNCF, l’application du dispositif «grand froid» ne peut aller à l’encontre des complications telles que des allongements de temps de trajet voire des suppressions de train. L’Ile-de-France pose «une problématique un peu particulière»: «80% des usagers comptent sur les transports, le principe de précaution ne peut être appliqué à 100% car nous avons une mission de service public et ce service doit s’adapter aux conditions climatiques.» Les moyens de substitution, comme les bus, sont rejetés en raison de l’état des routes: «Il serait ingérable d’exposer des clients à des conditions encore plus difficiles.»

Enfouir les lignes électriques?

Là aussi, les seules améliorations possibles proviennent de l’information. «Il y a un devoir de pédagogie, de prévenir les gens», indique-t-on à la SNCF. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, compte aussi «renforcer la politique publique des transports», taclant au passage le précédent gouvernement: «Si ces investissements avaient déjà été faits, on n’aurait pas connu les mêmes problèmes.»

Du côté d’ERDF, qui a eu énormément de travail afin de rétablir l’électricité de près de 100.000 foyers – il en restait 39.000 à l’échelle nationale ce mercredi à 17h -, le renforcement des lignes, cassées sous le poids de la neige, n’est pas forcément la solution la plus économique. Leur enfouissement est une autre solution. A ce jour, 42% des lignes électriques françaises sont enterrées et 90% des nouvelles le sont. «Cela protège des aléas climatiques, mais pas des crues et les problèmes sont plus difficiles à repérer que sur les lignes aériennes», tempère-t-on chez ERDF, joint par 20 Minutes