Fusillade à Nanterre: Les habitants du quartier des Damades sous le choc

William Molinié

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À  Nanterre, le 13 mars 2013, la Cité des Damades, où a eu lieu une fusillade la veille (1 mort et 1 blessé) dans un probable règlement de compte.
À Nanterre, le 13 mars 2013, la Cité des Damades, où a eu lieu une fusillade la veille (1 mort et 1 blessé) dans un probable règlement de compte. — A. GELEBART / 20 MINUTES

La neige tombée dans la nuit de mardi à ce mercredi a recouvert les traces de la fusillade survenue mardi dans le quartier des Damades à Nanterre (Hauts-de-Seine). «Avec toute cette neige, ça laisse l’impression qu’il ne s’est rien passé. Mais je vous assure, l’émotion est bien présente», raconte une habitante devant son hall d’immeuble. Les circonstances exactes de l’agression sont encore floues. Il était 17h quand quatre coups de feu ont été entendus sous le porche d’entrée de l’allée Camélinat. « Ensuite, j’ai vu deux hommes étalés par terre», témoigne un ouvrier d’un chantier situé face à la scène du crime. L’un est blessé à l’aine. L’autre, touché au thorax, n’a pas pu être sauvé. Certains témoins auraient vu deux personnes s’enfuir à pied. D’autres évoquent jusqu’à quatre individus qui auraient pris la fuite en voiture.

D’après les policiers, il s’agirait d’un «règlement de comptes». Les deux victimes étaient connues de leurs services. Fusillade entre dealers qui se partageaient un territoire? Transaction qui a mal tourné? En début d’après-midi, mercredi, une vingtaine d’amis des victimes se sont rassemblés devant le lieu du règlement de comptes. «C’est une journée de deuil», lâche un jeune homme, exigeant «respect pour la famille» et refusant d’expliquer les raisons d’un telle attaque. «Il n’y a pas eu d’émeute, hier soir. Tout est calme. Alors n’en rajoutez pas», s’agace un autre. Face à ce calme relatif, les médiateurs en gilets rouges de la Ville de Nanterre se sont rendus dans l’après-midi dans le quartier pour tenter d’apaiser les tensions ou d’éventuelles rancœurs.

Des locataires se réapproprient l’espace public

Le quartier des Damades mêle logements sociaux et pavillons résidentiels. Une habitante, qui connaissait le jeune homme décédé, explique sous couvert d’anonymat que «depuis quelques mois, des groupes de jeunes étaient apparus dans les environs». «On voyait bien qu’il y avait du trafic. Beaucoup même, mais comme partout ailleurs. Alors de là à ce qu’il y ait une fusillade. Et un mort! Je suis choquée», confie-t-elle. «J’espère que les habitants vont réagir et que ce n’est pas le début d’une série de règlements de comptes», poursuit-elle. Comme celle qu’a connue Colombes à l’automne 2011 quand plusieurs jeunes trafiquants avaient reçu des tirs dans les jambes, en guise d’avertissement. Depuis, des fusillades sanglantes émaillent régulièrement la tranquillité du quartier du Petit-Colombes.

A quelques centaines de mètres des Damades, d’autres résidants n’ont pas attendu l’implantation durable des trafiquants de drogue pour tenter de se réapproprier l’espace public. Dans une résidence de 150 logements, avenue Félix-Faure, Gérard Dubois, un des locataires, a pris les choses en main. «Ils étaient trois dealers accompagnés de trois guetteurs à squatter dans notre hall», explique-t-il. Avec l’aide des habitants, ils se sont donnés rendez-vous chaque jour «entre 18h30 et 21h» au pied de leur immeuble. «La consigne était de ne pas discuter avec les dealers. Mais avec les consommateurs qui venaient acheter leur shit. Le but était de montrer qu’on était là et de les dissuader de revenir», poursuit-il. En deux semaines, «les jeunes ont disparu», assure le locataire. «C’est efficace. Mais uniquement si on réagit tôt, pour ne pas que les trafiquants prennent leurs habitudes», complète Xavier, 28 ans.

D’après Gérard Dubois, les trafiquants de sa résidence venaient du quartier des Damades, théâtre de la fusillade, mardi soir. «Il semblerait que ce règlement de comptes soit la conséquence d’un différend de territoire entre dealers», avance une source policière syndicale du département. L’enquête a été confiée à la police judiciaire des Hauts-de-Seine.