Neige: Les automobilistes ont-ils aussi une part de responsabilité?

INTEMPERIES Sur l’autoroute A1, des poids lourds, suivis par des automobilistes, ont continué leur route malgré les arrêtés préfectoraux et se sont retrouvés piégés par la neige. Un manque de civisme qui a occasionné une énorme congestion, selon la Sanef...

Bérénice Dubuc

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Vue de l'autoroute A1, près de Roye, le 13 marcs 2013.
Vue de l'autoroute A1, près de Roye, le 13 marcs 2013. — AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN

Depuis lundi soir et le début de la galère de centaines d’automobilistes et routiers sur les routes et autoroutes hexagonales, la polémique enfle sur le manque d'anticipation des pouvoirs publics: critiques envers Météo France qui aurait dû lancer d’alerte plus tôt, critiques à l’encontre de l’action du gouvernement, et même demande d’une commission d’enquête au sein du Stif (l’autorité organisatrice des transports en commun franciliens) par Valérie Pécresse.

Mais, si les pouvoirs publics sont mis face à leurs manquements supposés, les usagers de la route n’auraient-ils pas aussi une part de responsabilité dans l’affaire? En effet, ce mercredi matin, le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a expliqué que la situation était «particulièrement difficile» sur l’autoroute A1, dans la Somme, «du fait de la présence de nombreux camions, parfois parce qu'ils n'ont pas respecté les consignes de sécurité». «Je demande avec beaucoup d'insistance qu'on respecte les consignes des autorités de restriction de circulation et de différer les déplacements», a-t-il ajouté.

Il y a «peut-être dans certains cas des imprudences qui ont été commises»

A la Sanef, l’entreprise qui gère le réseau autoroutier du nord de la France, et notamment l’autoroute A1, on confirme que «des poids lourds ont continué la route malgré les arrêtés préfectoraux» et se sont retrouvés piégés par la neige. «Des véhicules légers ont suivi et ont été pris dans la masse», occasionnant l’énorme congestion qu’il y a eu notamment au niveau du croisement de l’A1, de l’A22 et de l’A26. «L’idée, c’est de ne pas accuser qui que ce soit, mais il en va du civisme des personnes et de leur sens des responsabilités» vis-à-vis des consignes données par les autorités.

S’il concède qu’il y a «peut-être dans certains cas des imprudences qui ont été commises», Daniel Quéro, président de l’association 40 millions d’automobilistes, explique à 20 Minutes que «les usagers de la route -automobilistes comme conducteurs de poids-lourds- pensent que les routes pour lesquelles ils payent vont leur offrir un certain niveau de service, au moins la possibilité de rouler».

Ce qui explique selon lui qu’ils aient tout de même pris le volant, alors même qu’une alerte orange était diffusée depuis vendredi. «D’autant plus que la consigne “restez chez vous“ du gouvernement est difficilement applicable pour les Français: cela signifie ne pas aller au travail, et peut-être risquer de perdre cet emploi», continue Daniel Quéro.

Mauvais équipement

Il souligne par ailleurs que «la levée puis la remise en place de l’alerte ce mercredi matin est également illisible pour les automobilistes». «C’est un mauvais signal qui leur est envoyé», déplore-t-il, soulignant aussi le manque d’information aux usagers de la route sur l’évolution de la situation. D’autant que ces derniers méconnaissent souvent les sites d’informations disponibles -Bison Futé pour les autoroutes, conseils généraux pour la gestion des routes secondaires… «Avec les moyens de communication moderne, on devrait pouvoir diffuser les informations au maximum, faire savoir en temps et en heure aux gens ce qui se passe», s’exclame-t-il.

En plus de ce manque de respect des consignes, les automobilistes français ne sont pas non plus équipés correctement pour faire face à de telles intempéries. «Posséder des pneus hiver serait intéressant, car ce type d’équipement permet de se sortir de situations difficiles», commente Daniel Quéro. «Mais rendre leur possession obligatoire suppose un coût important, qui grèverait encore plus le budget des automobilistes», souligne-t-il.

Un pas qu’ont franchi nos voisins allemands, puisque depuis le premier octobre 2012, pourtant les pneus d’hiver sont devenus obligatoires de novembre à avril en cas de neige, verglas ou givre. Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant aller jusqu'à 80 euros et le retrait d’un point sur leur permis.