La juge Bertella-Geffroy et son enquête sur l'amiante en sursis

JUSTICE Contrainte à une mutation, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy demande une dérogation pour achever l'instruction de l'enquête sur le scandale de l'amiante...

Vincent Vantighem

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Le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye a insisté lundi sur l'urgence à réformer le système actuel de préretraite des travailleurs victimes de l'amiante, qu'il juge inéquitable, déplorant une "continuelle absence de volonté politique" sur cette question.
Le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye a insisté lundi sur l'urgence à réformer le système actuel de préretraite des travailleurs victimes de l'amiante, qu'il juge inéquitable, déplorant une "continuelle absence de volonté politique" sur cette question. — Philippe Huguen AFP/Archives

Elle fait tout pour s’accrocher à son poste. Mais, ces derniers jours, Marie-Odile Bertella-Geffroy s’est tout de même résolue à emballer dans des cartons les dossiers qui s’empilent sur son bureau de la rue des Italiens (Paris, 9e). D’après la loi, un juge d’instruction doit changer de poste tous les dix ans. Magistrate à Paris depuis trente-trois ans, Marie-Odile Bertella-Geffroy estime pourtant que ce texte ne s’applique pas à elle et entend bien achever l’instruction de l’affaire de l’amiante avant d’être «mutée».

L'emmerdeuse de la République

«Officiellement, je ne suis plus en poste depuis le 3 mars, confie-t-elle à 20 Minutes. Je ne fais donc plus d’actes officiels car ils pourraient être annulés. Mais ma mutation doit être avalisée par un décret présidentiel que j’attends encore...» Et pour cause, «l’emmerdeuse de la République» comme l’a qualifiée l’hebdomadaire Politis a demandé une dérogation au chef de l’Etat. Saisi de cette requête, le Conseil supérieur de la magistrature doit trancher ce débat, ce mercredi.

Un an pour boucler le dossier?

«Si elle part, on va encore perdre du temps, confie amer Pierre Pluta, président de l’Association des victimes de l’amiante (Andeva). Le problème, c’est que le temps nous est compté...» D’un autre côté, si la juge se maintient à son poste, les avocats des personnes mises en cause ne manqueront pas de lui signifier qu’elle n’est plus «légitime». D’autant que dix-sept ans après les premières plaintes, le dossier pénal de l’amiante s’essouffle. Plusieurs mises en examen ont été annulées récemment. Quant aux responsables, le temps qui passe les rapproche plus de la vieillesse que d’un procès. «Pourtant, je pense pouvoir boucler le dossier en un an», pense la juge qui sait bien que l’amiante pourrait causer la mort de 100 000 personnes d’ici 2025.