Affaire Merah: Des complices difficiles à trouver

William Molinié

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Le frère de Mohamed Merah et sa compagne arrivent à la DCRI, samedi.
Le frère de Mohamed Merah et sa compagne arrivent à la DCRI, samedi. — photos : B. BISSON / JDD / SIPA

Les familles des victimes commencent à s’impatienter. Depuis les tueries de Toulouse et Montauban, trois vagues d’arrestations se sont succédé conduisant au placement en garde à vue de cinq individus. Mais tous ont été relâchés, sans être mis en examen.

Les policiers de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et de la sous-direction anti-terroriste (Sdat) recherchent d’éventuels complices, à savoir «des personnes qui auraient pu apporter un soutien logistique» à Mohamed Merah, précise à 20 Minutes une source proche de l’enquête. Le 26 février, deux individus dont les empreintes génétiques avaient été retrouvées dans la voiture du tueur, ont été arrêtés. Pas suffisant, semble-t-il, pour les impliquer dans l’enquête pour complicité, puisqu’ils ont été libérés sans charge. Seul l’un d’entre eux a été remis à la police judiciaire de Toulouse pour trafics de stupéfiants, 20.000€ en numéraire et de la drogue ayant été retrouvés à son domicile lors des perquisitions.

Sur les éléments matériels, le fameux «troisième homme» est toujours recherché. Il s’agit d’un troisième individu qui aurait été présent lors du vol du scooter avec Mohamed Merah et son frère Abdelkader, seul mis en examen à ce jour dans ce dossier. C’est ce dernier, lui-même, qui en a parlé au juge d’instruction sans toutefois lui révéler une identité.

Itinéraire intellectuel

Au-delà d’actes de complicités d’ordre financière ou logistique, «il s’agit plus largement de chercher tous les éléments qui permettent de comprendre le cheminement du tueur», poursuit cette source. L’itinéraire intellectuel de Mohamed Merah est sans doute passé par le village d’Artigat dans l’Ariège où il se serait radicalisé auprès d’Olivier Corel, un franco-syrien surnommé «l’émir blanc». Selon des documents révélés dimanche par France 3 Midi-Pyrénées, une note de l’ancienne direction centrale des renseignements généraux, datée du 19 octobre 2006, qualifiait son grand frère, Abdelkader, de «militant salafiste» et était identifié comme membre du groupe d’Artigat.

Par ailleurs, la chaîne régionale a publié une photo où l’on voit Mohamed Merah sur une moto orange et noire. Le même véhicule a été utilisé par Sabri Essid, un des piliers du groupe d’Artigat. Arrêté en 2006 en Syrie, où il projetait un attentat contre des américains en Irak, il a été condamné à cinq ans de prison. Proche de Mohamed Merah, il a été l’un des organisateurs de son enterrement en mars 2012.

Aucun des membres du groupe d’Artigat n’a encore été entendu par les policiers. «L’enquête n’est pas finie. Elle poursuit son cours normalement», assure une source judiciaire.