Contraception: «J'ai dit à mon mari que c'était à son tour de faire attention»

TÉMOIGNAGES a pilule contraceptive, amie ou ennemie? Et les hommes dans tout ça? Des internautes de «20 Minutes» nous expliquent pourquoi elles ont décidé d'arrêter la pilule...

Témoignages recueillis et édités par Christine Laemmel

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Préservatifs, illustration.
Préservatifs, illustration. — CARO FOTOS/SIPA

Dans les partis politiques, une loi existe. Au travail, le ministère des droits des femmes se penche dessus. Dans la rue, les livres scolaires, dans la publicité, le sexisme est fréquemment dénoncé. La parité revendiquée. Et la contraception? Dans ce domaine, les chiffres de répartition hommes-femmes sont dignes d’un sondage de régime totalitaire. Une écrasante majorité de moyens de contraception concernent les femmes. Leurs corps, leur santé et leurs angoisses. Pour 40% d’entre elles, il s’agit de la pilule contraceptive. Au compte-goutte, des moyens «masculins» sont évoqués comme des OVNI médicaux. Mais rien ne bouge.

Eprouvées par les récents scandales autour des pilules de troisième et quatrième génération et de Diane 35, comment les femmes vivent-elles leur contraception? Lassées de prendre tous les risques? Quel rôle joue leur compagnon dans tout ça?

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous avons posé la question aux internautes de 20 Minutes. Fatiguées d’endosser toute la responsabilité, certaines ont choisi de dire stop à la pilule.

«Un dégoût pour le sexe»

Cette décision, Virginie, internaute lyonnaise de 46 ans, l’a prise il y a deux ans. A cause d’hypertension récurrente, mais surtout, d’une libido réduite à néant. «Une absence totale d’envie, rapporte Virginie, même un certain dégout pour le sexe.»  A force de remarques désobligeantes et «bouderies sérieuses» de son mari, Virginie a même cru qu’il était sur le point de la tromper.

Effet «pervers», cette pilule «vantée par [sa] mère», celle qui a lui avait «donné la chance d’avoir un enfant quand elle le souhaitait», venait de lui planter un couteau dans le dos. Seule à assumer les dégâts de la pilule sur son organisme, Virginie se retrouvait en plus à craindre l’adultère, face à un mari «qui ne comprenait pas». Elle était perdante sur tous les fronts.

«La contraception est traitée avec trop de légèreté»

Pour Nathanaëlle, Sanda, et Marie, ce sont aussi les effets secondaires qui ont eu raison de la pilule. Migraines pour la première, qui a tenu neuf mois, nausées, vertiges et variations de poids pour la seconde, qui a patienté cinq ans. «Révoltée contre le corps médical», Nathanaëlle alerte sur la «la puissance de ces pilules», connue mais non communiquée. «Prendre des pilules pour régler nos moments de faim et de satiété pourrait choquer beaucoup de gens, illustre-t-elle, pourtant la pilule a cet effet sur notre système reproductif.»

Marie, 43 ans, est elle passé par un AVC, avant de mettre fin à 15 ans de pilule, dont du Diane 35. «La contraception est traitée avec trop de légèreté, confirme cette internaute,  par les médecins qui prescrivent sans prévenir, et par les hommes, qui se posent rarement la question, ou trop tard».

Avec mon compagnon, «c'est tout de suite un sujet qui fâche»

Alors comment inverser la tendance et ouvrir les œillères de son partenaire? Ne pas laisser le choix, a tranché Virginie. «J’ai imposé à mon mari ma décision d’arrêter la pilule, raconte cette internaute. Je lui ai carrément dit que s’il ne voulait pas d’un quatrième enfant, c’était à son tour de faire attention.»

Pour Marie, c’est encore un «combat permanent». «J'ai essayé d'en parler, plusieurs fois, déplore-t-elle, mais c'est tout de suite un sujet qui fâche. Il n'est pas contre l'idée d’une opération mais "oublie" régulièrement de se renseigner. J'aimerais qu'il soit plus proactif sur ce sujet, plus volontaire».

Des réactions pour le moins frileuses qui n’évoluent pas mais qui ne surprennent pas Virginie. «Il y a 20 ans, c’était d’autant plus facile pour un homme de ne pas s’en soucier que les femmes revendiquaient cette liberté acquise, estime-t-elle. Les femmes avaient pris leur vie en main! Pourquoi se seraient-ils posés des questions?»

Avec le préservatif, «tout le monde y a gagné»

Parce qu’ils sont «conscients qu’ils ont le beau rôle», pourrait répondre le compagnon de Sanda. «Lorsque je lui ai confié mon ras-le bol, se souvient-elle, il a confirmé que la situation était injuste et a accepté de changer». La voyant malade chaque mois, le conjoint de Nathanaëlle, «impliqué», l’a aussi encouragé dans sa décision.

Au menu de la contraception désormais pour toutes ces internautes, les spermicides, le préservatif, la technique du «coït interrompu» ou le stérilet, plus tard. Rien d’idéal pour Marie, qui regrette le côté «tue l'amour» ou le manque de fiabilité. Virginie assure elle que «tout le monde y a gagné», elle, son mari, qui ont retrouvé une vie sexuelle, et ses filles, qui seront, selon cette internaute, «mieux informées» qu’elle ne l’a été. Nathanaëlle a opté pour la «régulation naturelle des naissances, une méthode «gratuite et fiable» regroupant prise de la température, étude de la glaire et vérification de l'ouverture du col. Surtout, selon cette internaute, il s’agit ici d’«écouter son corps, et non de le contraindre à suivre un rythme dicté par des pilules.» Ou par qui que ce soit d’autre.