Roland Agret: «C'est à force de cogner qu'on obtient justice...»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007
Roland Agret lors de l'émission Vivement Dimanche, sur France 2, le 12 septembre 2007 — BENAROCH/SIPA

Que pensez-vous du Projet Innocence à la française?

Plus il y a de gens qui bossent sur les erreurs judiciaires, mieux c’est. Mais ils vont se heurter aux mêmes problèmes auxquels je me suis heurté.

Condamné à tort, vous avez fait une grève de la faim, vous vous êtes coupés deux doigts, vous avez avalé des manches de fourchette. Et une fois dehors, vous vous êtes tirés une balle dans le pied pour être indemnisé. C’est si difficile que ça d’obtenir justice?

C’est à force de cogner qu’on obtient justice. Le problème de la justice française, c’est ce qu’on appelle l’élément nouveau. Pour obtenir la révision d’un procès, il faut trouver un élément nouveau qui n’a pas été abordé lors du procès qui a conduit à votre condamnation. Mais souvent si cet élément est nouveau pour vous, il ne l’est pas pour la justice.

Avant la naissance du Projet Innocence, vous avez fondé Action Justice qui aide aussi les condamnés à tort. Comment cela fonctionne-t-il?

On recherche la vérité dans les vieux dossiers. Parfois, on se met hors des passages cloutés pour trouver de nouveaux éléments. Attention, rien d’illégal, hein. Mais des choses qui ne sont pas vraiment prévues par la loi. On est devenus les spécialistes du milieu des emmerdeurs.

Quel bilan en tirez-vous?

On a réussi à faire avancer entre 12 et 15% des dossiers qui nous ont été soumis. On a obtenu quatre grâces, une révision, deux annulations de peine et dix-huit acquittements. Si l’on voit le bon côté des choses, on peut dire que c’est pas mal. Si l’on voit le mauvais, on peut se dire qu’il y a encore du travail.