Des étudiants au secours de condamnés à tort

JUSTICE Lancé en janvier sur le modèle américain, le Projet Innocence vise à réétudier les dossiers de prisonniers condamnés définitivement...

Vincent Vantighem

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Nadia ISLAM. Le 6 mars 2013.
Nadia ISLAM. Le 6 mars 2013. — C. VILLEMAIN / 20 MINUTES

En trois semaines, Nadia n’a pas encore eu le temps de lire les douze kilos du dossier de sa «cliente». Mais elle a déjà repéré pas mal d’incohérences. A 26 ans, l’étudiante de l’Institut d’études judiciaires (IEJ) de Lyon participe avec une trentaine de camarades au Projet Innocence. Lancé en février sur le modèle de son grand frère américain, le Projet vise à réétudier les cas de personnes à leurs yeux condamnés à tort. «On a déjà reçu une trentaine de dossiers, confie Sylvain Cormier, l’avocat à l’origine de l’initiative. On ne prend que les gens condamnés définitivement aux assises.» Affaires de meurtres. De viols aussi. Comme celui qui occupe Dalele, 22 ans. «Pour l’instant, on classe les pièces, confie la jeune fille. Il est trop tôt pour se faire une idée. Mais on enquêtera peut-être sur le lieu du crime…»

«J'ai dû me couper deux doigts...»

Rapports d’autopsies, PV d’audition : les étudiants ont été formés spécialement à dépoussiérer des dossiers qui dorment souvent dans les sous-sol des palais de justice. «La justice a du mal à reconnaître ses erreurs. Il faut qu’on l’aide, explique Sylvain Cormier. Depuis 1945, seuls huit condamnés ont obtenu une révision de leur procès.» Roland Agret, l’un d’entre eux, connaît bien l’ampleur de la tâche. «J’ai dû faire une grève de la faim et me couper deux doigts pour être entendu. Pour obtenir une révision, il faut forcément produire un élément nouveau. Et ce n’est pas évident…» Car les pièces à conviction ayant servi de base aux condamnations ont souvent été détruites ou abîmées par le temps. Un problème qui n’effraie pas les futurs avocats. «On est tous animés par un idéal de justice, conclut Nadia. S’il y a des innocents en prison, on fera tout pour les aider.»