Apparence des femmes: «Le corps est devenu son propre corset»

INTERVIEW Jean-Philippe Zermati, nutritionniste et psychothérapeute revient sur l'évolution de l'apparence des femmes au fil des ans. D'abord vêtu, le corps est aujourd'hui en première ligne...

Propos recueillis par Marie-Laure Makouke

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Le Dr Jean-Philippe Zermati, nutritionniste, dans son cabinet a Paris
Le Dr Jean-Philippe Zermati, nutritionniste, dans son cabinet a Paris — BAUDET / JDD / SIPA

Pour 61% des femmes, leur corps constitue une part de l’identité. Comment analysez-vous ce chiffre?

Jean-Philippe Zermati: Le corps est devenu un marqueur identitaire fort au fil des siècles. Auparavant, la société accordait davantage d’importance à l’apparence, c’est-à-dire au corps enseveli sous des tonnes de tissu. Nos ancêtres s’exprimaient à travers leurs vêtements. Quand le corset a disparu, le corps est devenu son propre corset. Aujourd’hui, nous portons beaucoup moins de vêtements, le corps est donc en première ligne. C’est flagrant en été: les tenues se raccourcissent, notamment sur les jeunes filles. Ce qu’elles donnent à voir, c’est bel et bien leur corps.

Justement, ce corps se révèle être un élément important de reconnaissance sociale pour plus d’un quart des répondantes. Un résultat conforme à la réalité?

J.-P. Z.: Il correspond effectivement à une réalité sociale. Le corps mince a une valeur marchande pour les femmes actives, en particulier pour les CSP+. D’ailleurs, pour 46% des sondées de 65 ans et plus, «le corps n’a pas d’influence sur le reste de leur vie» car elles ne sont plus sur le marché du travail. Or, c’est précisément dans ce cadre qu’il est le plus important. Plusieurs enquêtes ont ainsi montré l’impact de la beauté et de la minceur sur la réussite socio-professionnelle.

L’alimentation équilibrée arrive en tête des méthodes pour prendre soin de son corps. Est-ce une bonne nouvelle?

J.-P. Z.: Pas forcément, car on instrumentalise beaucoup l’alimentation. Résultat, il y a aujourd’hui une confusion entre «alimentation» et «alimentation équilibrée». En se focalisant sur la dernière, on croit, à tort, pouvoir contrôler son corps. Mais si elle influe sur l’état de santé, elle n’a pas de réel impact sur l’évolution de la silhouette. En revanche, en la privilégiant, on a tendance à faire davantage attention au contenu de son assiette qu’à ses besoins. Un comportement qui peut entraîner des carences.

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