Cigarette électronique: Dangereux produit marketing ou vraie méthode anti-tabac?

DECRYPTAGE «20 Minutes» fait le point sur l’e-cigarette, sur laquelle les tabacologues n'ont pas encore suffisamment de recul pour attester de ses avantages thérapeutiques ou de ses risques sanitaires...

Bérénice Dubuc

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Une femme fume une cigarette électronique au Bourget, le 7 novembre 2007.
Une femme fume une cigarette électronique au Bourget, le 7 novembre 2007. — CAPMAN VINCENT/SIPA

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a demandé l'ouverture d'une enquête en France sur les effets de la cigarette électronique. 20 Minutes fait le point sur cette nouvelle mode.

Comment ça marche?

La cigarette électronique présente à son extrémité une diode simulant visuellement la combustion. Elle contient une cartouche, rechargeable ou non, dont la solution, composée de propylène glycol ou de glycérol ainsi que de divers arômes -des produits qui ne sont pas réputés dangereux- et éventuellement de la nicotine (0, 6, 11, 16 ou 19,4 mg/ml), s'échauffe au contact d'une résistance, lorsque l'utilisateur aspire. Cela crée de la vapeur, que le «vapoteur» (et plus «fumeur») inhale. Des flacons d«e-liquides» permettent de recharger la cartouche usagée.

En France, qui les utilise?

Testées par environ un million de Français, les cigarettes électroniques sont utilisées régulièrement par 500.000 d’entre eux, selon les chiffres des fabricants. Cependant, les adeptes français pourraient être plus nombreux, puisqu’une bonne part des ventes se fait sur Internet et auprès de fournisseurs étrangers.

Où les acheter?

En France, un peu plus d’une centaine de boutiques spécialisées existent. Les buralistes, certains épiciers et marchands de journaux la commercialisent également. Pour le Dr Gérard Mathern, pneumologue-tabacologue, secrétaire général de la Société française de tabacologie et président de l’Institut Rhône-Alpes de tabacologie, mieux vaut privilégier ces points de vente car «les produits fabriqués en France sont soumis à tous les contrôles, on sait ce qu’il y a dedans. Alors que ce n’est pas vrai pour ceux vendus sur Internet, dont la majorité viennent de Chine.» De plus, «il y a une démarche de suivi et de conseil dans les boutiques, où le dosage de la nicotine est adapté à celle que le fumeur inhalait avec ses cigarettes classiques», salue le tabacologue.

Quels sont les avantages des e-cigarettes?

Contrairement à sa version «classique», la cigarette électronique n’est pour l'instant pas interdite dans les lieux publics. En effet, un certain nombre d’études indiquent qu’il n’y a pas de toxicité sur les cellules ou sur l’environnement, c’est-à-dire pas d’«e-tabagisme passif». De plus, «il est certain qu’il y a dans les cigarettes électroniques et les e-liquides infiniment moins de produits toxiques que dans les cigarettes classiques», souligne le Dr Gérard Mathern. Elles ne contiennent pas de tabac ni de goudrons.

Leur prix est également plus attractif: alors que le prix d’un paquet est au minimum de six euros, la e-cigarette peut coûter de moins de cinq euros (pour une jetable, égale à environ 30 cigarettes classiques) à une centaine d’euros pour un modèle rechargeable. Sans compter que le consommateur peut choisir parmi de nombreuses saveurs disponibles, allant des saveurs des marques de tabac à celles de fruits, en passant par des goûts plus exotiques (thé vert, cola, Red Bull...).

Cependant, son efficacité pour arrêter de fumer n’a pas été formellement démontrée: il n'existe pour l’heure aucune étude sur des patients utilisant le produit depuis plus de six mois. Mais, pour le Dr Mathern, ce produit est tout de même intéressant «car certaines études montrent un certain succès d’arrêt par diminution progressive de la concentration de nicotine dans le-liquide inhalé».

Et les risques?

Pour les mêmes raisons, il est impossible de dire quels sont les effets de le-cigarette sur la santé. «La médecine se fonde sur des preuves fournies par des études. Or ce produit est arrivé en France depuis environ cinq ans, et son utilisation connaît une explosion depuis environ deux ans. On ne dit pas que c’est dangereux, on se pose des questions. On s’interroge par exemple sur les conséquences du fait d’inhaler du propylène glycol ou du glycérol pendant des années», résume le Dr Gérard Mathern.

Cependant, la nicotine étant classée substance «très dangereuse» par l'OMS, l'Afssaps, l'ancienne Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), affirmait en mai 2011 que «comme pour la cigarette classique, consommer des cigarettes électroniques peut induire une dépendance, quelle que soit la quantité de nicotine présente», et recommandait de ne pas consommer de-liquides, qui «peuvent contenir des quantités de nicotine susceptibles d'entraîner une exposition cutanée ou orale accidentelle, avec des effets indésirables graves, notamment chez les enfants».

Les cigarettes électroniques sont-elles risquées pour les jeunes?

Oui, selon certains tabacologues, qui craignent que la cigarette électronique devienne un produit d'initiation pour les jeunes. Selon une étude récente faite à Paris, 64% des jeunes de 12 à 14 ans qui avaient essayé l’e-cigarette n'avaient encore jamais fumé auparavant, souligne le Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste du poumon à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Un sujet sur lequel le Dr Gérard Mathern est en désaccord. «Les chiffres ne sont pas probants. L’e-cigarette, c’est le Canada Dry de la cigarette. Or, je ne suis pas sûr que tous les gamins qui buvaient du Canada Dry consomment aujourd’hui de l’alcool.»