Faux papiers : «L’identité des gens est devenue une valeur»

William Molinié

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Paris le 21 fevrier 2013. Reportage dans les services de lutte contre la fraude de documents d'identité.
Paris le 21 fevrier 2013. Reportage dans les services de lutte contre la fraude de documents d'identité. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Les Français perdent beaucoup leurs documents», explique Franck Willems, commandant au bureau de la fraude documentaire de la Police aux frontières (PAF). Chaque année, environ 600.000 cartes d’identité disparaissent, perdues ou volées. «On va en retrouver une partie dans le circuit des papiers volés.» Ils seront utilisés soit par des individus qui ont intérêt à changer d’identité (délinquance, banditisme), soit par les filières d’immigration clandestines.

>> Retrouvez ici le parcours du combattant d'une victime d'usurpation d'identité...

D’après un sondage du CSA, publié en octobre 2012, 8% des Français (400.000 personnes) déclareraient avoir été victimes d’une usurpation d’identité au cours des dix dernières années. Ils n’étaient que 4% en 2009… Autre indicateur marquant, celui du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) du ministère de l’Intérieur, où sont répertoriées environ deux millions de traces de délinquants, criminels ou contrevenants. En 2005, environ 40.000 empreintes correspondaient à au moins deux états civils différents. En 2010, ce chiffre est passé à 100.000 cas, soit une augmentation de 250%, selon les chiffres du bureau de la fraude documentaire.

Fausses pièces, vraies filières

Si la falsification de documents est de moins en moins utilisée par les faussaires, notamment en raison de l’amélioration des protections (biométrique, technologie avancée…), la production de pièces justificatives trafiquées (acte d’état civil, justification de domicile, factures…) est en pleine recrudescence. Au lieu de reproduire une fausse carte d’identité, les fraudeurs vont tenter de s’en procurer par les voies légales. «Ils utilisent un vrai nom, déjà existant, dont ils ont pu obtenir des informations, par exemple sur Internet», explique Franck Willems. Pour avoir plus de chances que le dossier aboutisse, ils le déposent au même moment, mais à plusieurs endroits différents en France, misant alors sur les lenteurs de l’administration à découvrir la fraude.

Chaque année, le service de la fraude documentaire édite entre 60 et 80 fiches d’alerte pour avertir les services de l’administration et consulats sur d’éventuelles malfaçons. Comme cette trentaine de dossiers déposés en novembre 2011 à Marseille où la même facture EDF apparaissait avec le même montant. «L’identité des gens est devenue une valeur. Et ces filières ont bien compris que cette fraude avait de l’avenir», averti Franck Willems. D’après la police, un dossier complet permettant d’obtenir frauduleusement un passeport ou une carte d’identité peut-être vendu jusqu’à 5 ou 6 000€.

Fraudes aux permis de conduire

La fraude documentaire n’est pas un monopole des filières d’immigration clandestine. De nouvelles pratiques liées à la circulation routière se développent autour du permis de conduire et des fausses plaques d’immatriculation. En 2008, 2 026 cas de ce type avaient été repérés par le bureau de la fraude documentaire. «C’est 50% de plus par rapport aux années antérieures», poursuit Franck Willems. Avec des conséquences parfois catastrophiques pour le citoyen.

Pour éviter ce type d’incident, il faut systématiquement déposer plainte après un vol ou une perte de document d’identité. Il est aussi conseillé de détruire ses factures EDF, de téléphone ou ses RIB avant de les jeter à la poubelle, et de ne pas les rendre publics. Enfin, d’être très vigilants avec ses mots de passe sur les ordinateurs et les réseaux sociaux. «De manière générale, le citoyen ne doit pas être passif. C’est le meilleur moyen d’éviter qu’on nous vole notre identité», conclut Franck Willems.