Relations police-justice: Valls a-t-il franchi la ligne rouge?

William Molinié

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 Manuel Valls le 17 septembre 2012
 Manuel Valls le 17 septembre 2012 — DAMOURETTE/SIPA

Il avait déjà flirté avec l’incident le 21 février lors de sa visite dans les locaux de la BAC parisienne après la mort des deux policiers sur le périphérique. L’appel de Manuel Valls à une justice «sévère» et «impitoyable» avait fait grincer des dents dans les tribunaux, bondés de juges largement hostiles aux empiètements des ministres de l’Intérieur de la majorité présidentielle précédente.

Rebelote ce samedi à Paris où «le premier flic de France» a déclaré vouloir «aggraver les peines» pour «ceux qui s’en prennent  aux forces de l’ordre». En déplacement sur les lieux du braquage d’une bijouterie parisienne, il a annoncé qu’il «proposera à la garde des Sceaux, dans le cadre des réformes pénales à venir, qu’on aggrave les peines». «Il appartient bien sûr à la justice de les appliquer avec sévérité», a-t-il précisé.

Un «certain populisme»

Cette proposition avait déjà été exprimée par l’ancien président Nicolas Sarkozy lors de son discours de Grenoble de juillet 2010, où il s’était dit favorable à une aggravation des sanctions contre les agresseurs de policiers. Si cette posture est soutenue par les policiers, l’avis des juges est plus nuancé.

«Nous lui sommes reconnaissant d’avoir promis de ne pas critiquer les décisions de justice. Ce qu’il a respecté», introduit Virginie Duval, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats, contactée par 20 Minutes. Mais «avancer qu’on va aggraver les peines de ceux qui s’en prennent aux policiers, c’est être peu compréhensible», estime-t-elle, mettant en garde contre un «certain populisme» et l'idée que «la justice n’est pas assez sévère, donc il faut faire une loi plus sévère».

Le fait de s’attaquer à des policiers est déjà une circonstance aggravante dans le code pénal. La loi d’orientation et de programmation sur la sécurité intérieure (Loppsi 2), votée en décembre 2010, avait par ailleurs rallongé la période de sûreté à 30 ans de prison pour les meurtriers de policiers. «Peut-être s’agit-il de faire peur aux agresseurs. Mais ce n’est pas en aggravant les peines qu’on va les empêcher de s’attaquer aux policiers», souligne cette ancienne juge des enfants au tribunal de grande instance de Caen.