«Arrêtez la bombe!»: Un plaidoyer qui détonne

NUCLEAIRE Un ancien ministre dénonce l'utilité de la bombe H...

Alexandre Sulzer

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167 essais ont eu lieu à Mururoa.
167 essais ont eu lieu à Mururoa. — GINIES / SIPA

«La France vit dans la religion du nucléaire. Et en religion, on ne discute pas des dogmes.» C'est à l'un des consensus français que Paul Quilès entend s'attaquer en publiant jeudi Arrêtez la bombe!*. Dans ce plaidoyer, celui qui fut ministre de la Défense de 1985 à 1986 explique pourquoi la France doit renoncer à ses capacités de dissuasion nucléaire. «L'idée d'un désarmement unilatéral et immédiat n'est pas crédible, précise-t-il toutefois. Mais il est possible, si les politiques s'emparent du sujet de façon multilatérale, d'aboutir à un monde sans armes nucléaires d'ici quinze ou vingt ans.»

Inutile contre le terrorisme

«L'arme nucléaire ne peut plus jouer le même rôle dissuasif et régulateur» que lors de la guerre froide, écrit Paul Quilès. «L'arsenal nucléaire américain n'a pas empêché les attentats du 11 Septembre», insiste-t-il. Contre le terrorisme, la bombe n'est d'aucun secours. «Et c'est une blague de penser que le Mujao pourrait utiliser des moyens balistiques pour toucher la France!»

Autre argument avancé: les risques d'accident qui sont «pléthore» depuis 1945 et les erreurs possibles des états-majors. Mais le débat n'a pas lieu en France «en raison du complexe militaro-industriel», assure Paul Quilès. Un tabou? «C'est assez juste», reconnaît l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin, qui partage la conviction que Russes et Américains doivent procéder à une «réduction considérable» de leur arsenal.

«La prolifération trouve sa propre justification»

Mais lui ne croit pas que l'arme nucléaire ne soit d'aucune utilité au 21e siècle. «Nous vivons dans un monde de prolifération. L'entrée de l'Iran dans le club des puissances nucléaires risque d'inciter d'autres puissances régionales, comme l'Arabie saoudite et la Turquie, à suivre.» «C'est au contraire parce que les cinq pays dotés privilégient l'arme nucléaire comme garantie de sécurité que la prolifération trouve sa propre justification et que ce risque devient une vraie menace», répond Paul Quilès.

*Arrêtez la bombe! (éditions du Cherche Midi) de Paul Quilès avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin, 16,50 euros, 272 pages.

 

Combien ça coûte?

Dans le projet de loi de finances 2013, les crédits de paiement consacrés à la dissuasion nucléaire s'établissent à 3,383 milliards d'euros. Outre le maintien de la force océanique stratégique (les sous-marins), de la force aérienne et de la force aéronavale (porte-avions Charles-de-Gaulle), cette somme inclut la modernisation des vecteurs, ainsi que la poursuite du programme de simulation des essais nucléaires.