Contrôles d'alcool et de drogues dans les commissariats: «C’est scandaleux et honteux de résumer la problématique du suicide à l’alcoolisme et la drogue»

POLICE La proposition de l’État provoque la colère des syndicats...

Isabelle Raynaud avec AFP

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Des policiers en uniforme, le 8 octobre 2011
Des policiers en uniforme, le 8 octobre 2011 — LANCELOT FREDERIC/SIPA

La direction de la police souhaite instaurer, afin de lutter contre les suicides, des contrôles inopinés d'alcool et d'usage de stupéfiants dans les services, selon un projet d'arrêté révélé ce mercredi par l'AFP, provoquant la colère de certains syndicats.

 

Ce projet d'arrêté, qui doit être présenté le 27 février lors d'un comité technique de la police, prévoit notamment d'instaurer un «seuil maximum» d'alcoolémie à 0,10 g par litre d'air expiré, taux auquel sont soumis les chauffeurs de bus. L'administration pourra également effectuer des contrôles d'usage de stupéfiants -ce qui n'existait pas auparavant-, et surtout, des contrôles inopinés d'alcoolémie pourront être opérés au sein des services.

La consommation d’alcool et de stupéfiants est évidemment strictement interdite au sein de la police, mais les modalités de contrôle n'avaient jamais été clairement formulés.

Lutter contre les addictions

 

Le but de ces contrôles serait de lutter contre les addictions, d’après Europe 1. Une étude de l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) avait mis en lumière leur rôle dans les suicides de policiers. Cette étude avait démontré que le taux de suicide chez les policiers était supérieur de 36% au reste de la population.

Pour ne pas être discriminatoire, ces contrôles seront collectifs. «De l’adjoint de sécurité au commissaire, personne ne pourra s’y soustraire», précise Europe 1.

«L'administration veut se dédouaner»

«C’est scandaleux et honteux de résumer la problématique du suicide à l’alcoolisme et la drogue», s'enflamme Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance, interrogé par 20 Minutes. «La problématique est bien plus large, elle comprend le tissu familial et professionnel. Il faut parler de l’ensemble.»

«L’administration veut se dédouaner en stigmatisant les policiers». Pour lui, avec cette mesure, le suicide ne serait dû qu'aux addictions des policiers, et en aucun cas aux conditions de travail et à la pression de la hiérarchie subies par certains policiers. «Je serai bien curieux de savoir le nombre de suicide qui ne sont dus qu’aux addictions», ajoute-t-il.

 «On explique qu'on va chercher si (les policiers) ne sont pas tous ivres ou ayant consommé du cannabis (…). Je grossis un peu le trait mais au bout d'un moment, c'est vexatoire pour les policiers. Se sentir soupçonné en permanence, c'est difficile à vivre», a réagi de son côté Nicolas Comte, secrétaire général adjoint d'Unité SGP-Police sur Europe 1.