Critiques contre le Pr Even: Bernard Debré défend l'étude sur le cholestérol de son ami

Isabelle Raynaud

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 French professors of medicine Bernard Debre (L) and Philippe Even participate, on October 23, 2012 in Paris, in a debate with journalists focusing on medicine. The two men wrote recently the book, "Guide des 4.000 medicaments utiles, inutiles ou dangereux" in which they denounce the overabundance of unnecessarily and dangerous medicine. 
 French professors of medicine Bernard Debre (L) and Philippe Even participate, on October 23, 2012 in Paris, in a debate with journalists focusing on medicine. The two men wrote recently the book, "Guide des 4.000 medicaments utiles, inutiles ou dangereux" in which they denounce the overabundance of unnecessarily and dangerous medicine.  — AFP/MEHDI FEDOUACH

Depuis la publication jeudi par le Nouvel Observateur d’extraits du livre La Vérité sur le cholestérol du professeur Philippe Even, les critiques fusent contre le médecin. Ils contestent l’argument du Pr Even selon lequel il n’y a pas de mauvais cholestérol.

Le député de Paris et professeur d’urologie, Bernard Debré soutient auprès de 20 Minutes le travail de son ami, «un homme d’une très grande rigueur». «Si vous vous adressez aux médecins, ils ne le défendront pas. C’est une question d’ego.»

«Pendant dix ou quinze ans, ils ont prescrit des statines. Quand on leur met sous le nez les chiffres trafiqués des laboratoires, ils sont forcés de réagir de la façon dont ils réagissent», assure le médecin.

«Les mentalités changent»

Si le Pr Debré ne co-signe pas le nouvel ouvrage de Philippe Even, comme pour le Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux sorti en septembre 2012, il en a rédigé la préface. Et en assure le sérieux.

«Il y a des dizaines et des dizaines de chercheurs de notre avis! On dit la vérité, c’est ce qui dérange», déclare-t-il. Des médecins se sont regroupés au sein du Thincs (the International Network of Cholesterol Skeptics – le réseau international des sceptiques du cholestérol). Pour eux, comme pour Philippe Even, réduire le cholestérol ne sert à rien. Ils sont 98 dans le monde.

«On peut s’être trompé, mais ça n’a pas encore été montré», ajoute Bernard Debré. Au contraire selon lui, «les mentalités changent.» Il prend pour exemple la liste des «médicaments plus dangereux qu’utiles» publiée fin janvier par la revue Prescrire qui prolonge le Guide des 4.000 médicaments. «Ça prend juste du temps.»

Etudes «truquées»

«Nous n’avons pas inventé nos conclusions. On a cherché à voir ce qu’il y avait derrière les études des laboratoires pharmaceutiques», explique Bernard Debré. «Personne ne sait que les labos trichent», affirme-t-il.

Il prend en exemple le cas du laboratoire Roche qui risque une amende record pour n'avoir pas analysé plusieurs milliers de rapports concernant les effets secondaires de 19 de ses médicaments. «Entre 2010 et 2012, aux Etats-Unis, les laboratoires ont payé 13 milliards de dollars d’amende pour avoir triché.»

Dans son livre, Philippe Even affirme en effet que toutes les études sur les statines étaient truquées. «C'est un fait que beaucoup d'essais cliniques sont financés par l'industrie pharmaceutique. Mais ces études sont toujours analysées et synthétisées par des sociétés savantes, en principe indépendantes, et qui ne peuvent pas être toutes pourries...» répond Claude Le Feuvre, professeur des universités et président de la Fédération française de cardiologie, dans le Nouvel Observateur.