Quand la science permet à une femme de ressentir la peur

SCIENCES Une femme de 46 ans ne percevait pas la peur à cause de calcifications dans son cerveau. Mais des chercheurs s’en sont mêlés...

Anne-Laëtitia Béraud

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Image 3-D d'un cerveau humain.
Image 3-D d'un cerveau humain. — PURESTOCK / SIPA

La peur, cette grande inconnue. Une femme américaine de 46 ans, qui a subi nombre de situations stressantes, dont plusieurs agressions à main armée, est incapable de ressentir la peur, rapportait mercredi le blog Passeurs de sciences.

Cette femme subit une maladie génétique rare: des calcifications (c'est-à-dire des dépôts calcaires anormaux) se produisant dans son cerveau au niveau d’amygdales (pas celles de la gorge) qui agissent comme des vigies d’alerte. Ces vigies étant «éteintes», cette femme devient «sans peur».

Une batterie d’expériences a été réalisée sur cette femme, mais, du serpent venimeux aux films d’horreurs, aucune manifestation de peur n’a été détectée chez elle. Jusqu’au jour où des chercheurs de l'université de l'Iowa ont réussi à faire ressentir la peur à cette femme, une expérience qu’ils racontent dans un article publié le 3 février par Nature Neuroscience.

Stimuli interne de l’organisme

Ces chercheurs lui ont fait respirer un mélange gazeux surchargé en dioxyde de carbone, auquel le corps humain est très sensible. Et, surprise, la femme a commencé à multiplier les signes d’anxiété avant de vouloir fuir l’expérience, arrachant le masque d’où elle respirait le gaz toxique.

Les chercheurs ont renouvelé l’expérience sur des jumelles atteintes des mêmes calcifications dans le cerveau, arrivant au même résultat. Conclusion: la réaction face à un danger ne passe pas seulement par le cerveau. L’inhalation de dioxyde de carbone, qui a créé un stimuli interne à l’organisme, a réussi à créer la peur. Le mystère réside encore dans la compréhension de cette stimulation qui a réussi à développer une émotion inconnue chez ces personnes jusqu’alors «sans peur».