Les Femen à Notre-Dame: Sont-elles allées trop loin?

Isabelle Raynaud

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 Activists of the Women's Movement FEMEN, are confronted by security guards as they stand by one of the bells ordered for the cathedral's 850th birthday, in Notre Dame Cathedral, Paris, in protest against Pope Benedict XVI who announced his resignation yesterday, in Paris, Tuesday, Feb. 12, 2013.
 Activists of the Women's Movement FEMEN, are confronted by security guards as they stand by one of the bells ordered for the cathedral's 850th birthday, in Notre Dame Cathedral, Paris, in protest against Pope Benedict XVI who announced his resignation yesterday, in Paris, Tuesday, Feb. 12, 2013. — Michel Euler/AP/SIPA

Leur prestation n’a pas laissé indifférent. Mardi, les féministes des Femen ont célébré la renonciation du pape en manifestant, seins nus, à Notre-Dame de Paris. Sur le torse et le dos,elles portaient les inscriptions suivantes écrites au feutre: «No homophobe», «Crise de la foi», «Bye bye Benoît!» L'une d'elles a même actionné le battant d'une des nouvelles cloches de la cathédrale, exposées dans la basilique.

Si les Femen ont basé leurs actions sur la provocation, cette manifestation pourrait être celle de trop. Une grande majorité de la classe politique, de la gauche à l’extrême-droite a condamné la manifestation des jeunes femmes. «Je réprouve un acte qui caricature le beau combat pour l'égalité femmes-hommes et choque inutilement de nombreux croyants», a déclaré le maire de Paris, Bertrand Delanoë. «Je condamne cette provocation inutile et témoigne mon soutien aux catholiques de France qui ont pu être offensés par ce geste grossier», a ajouté le ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

Seul le Parti radical de gauche (PRG) a apporté un soutien aux Femen. Dans un communiqué, Pascal-Eric Lalmy, secrétaire national du PRG à la laïcité, «s'étonne que de nombreux élus de gauche et écologistes qui soutiennent les Pussy Riots, aient condamné le happening des Femen à la cathédrale Notre-Dame de Paris».

«Pas des amies de la démocratie»

Sur la toile également, de nombreuses voix s’élèvent contre l’action des féministes. «L’irruption seins nus au cœur de Notre-Dame de Paris en hurlant des injures contre le pape Benoit XVI et les catholiques, a permis de lever l'hypothèque qui pesait sur la vertu démocratique de ce groupuscule: les Femen ne sont pas des amies de la démocratie», écrit ainsi sur Le Plus Bruno Roger-Petit.

«Il me semble qu’il y a plus de féminisme dans 60 minutes d’ouverture d’un bureau du planning familial que dans 50 happenings post-modernes des Femen», estime également David Abiker sur son blog.

«On n’est pas là pour plaire à tout le monde»

«On s’attendait à ce que ce ne soit pas acclamé. On n’est pas là pour plaire à tout le monde», a répondu à 20 Minutes Eloïse Bouton, représentante française des Femen. «Des catholiques risquent de se sentir agressés dans leur foi mais on ne s’attaque pas aux croyants, on attaque l’institution et ce qu’elle incarne.»

Pour les Femen, les institutions religieuses sont «une cible». «Dans toutes les institutions religieuses, la femme est totalement opprimée», affirme Eloïse Bouton. La preuve: tous les hauts membres des hiérarchies religieuses sont exclusivement masculins. «Dans leur variante les plus extrêmes des religions, la femme est une esclave», ajoute même la jeune femme.

«On réagit sur tous les sujets»

Cette action «clin d’œil à la démission de Benoît XVI» et célébration de «l’adoption du mariage pour tous à l’Assemblée» était donc totalement justifié pour les Femen. «Une des missions des Femen, c’est aussi d’être présentes sur tous les sujets d’actualité. Les hommes sont très présents dans les médias, ils ont un avis sur tout. Il faut montrer que les femmes aussi ont quelque chose à dire. Donc on réagit sur tous les sujets», explique Eloïse Bouton.

Et si cette action pousse des catholiques à se détourner du féminisme? «Ça peut arriver mais on parle aux autres. Des catholiques, notamment via notre page Facebook, ont réagi. Ils ont trouvé que les coups, la réaction des agents de sécurité, c’était allé trop loin