Un observatoire des suicides bientôt créé

SOCIETE La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souhaite mieux appréhender ce fléau et mieux cibler les actions de prévention...

Delphine Bancaud

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Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, le 17 octobre 2012, dans son bureau du 14, avenue Duquesne, à Paris.
Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, le 17 octobre 2012, dans son bureau du 14, avenue Duquesne, à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Chaque année, 11.000 personnes mettent fin à leurs jours et 220.000 tentatives de suicides sont à déplorer. Un véritable problème de santé publique, qui n’est pas une fatalité, souligne le Conseil économique, social et environnemental (Cese), dans un avis rendu sur le sujet ce mardi. Celui-ci préconise notamment la création d’un observatoire national des suicides pour améliorer la prévention dans ce domaine.

La ministre convaincue

Une suggestion immédiatement approuvée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui a déclaré sa volonté de créer cet observatoire. «  Il ne sera pas un prétexte pour nous empêcher d’agir. Il permettra au contraire de mieux coordonner les informations existantes, de mieux repérer, de mieux alerter », a-t-elle déclaré. En précisant que cette structure serait rattachée à la direction de la recherche, des études de l’évaluation et des statistiques (DREES) et rendrait un rapport annuel.

Une satisfaction pour Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia, et initiateur de «l’appel des 44» en mai 2011, un plaidoyer pour la création d’un observatoire des suicides. Un texte signé aujourd’hui par 3.000 personnes (professionnels de la santé, syndicalistes, intellectuels…). «La création de cet organisme permettra une meilleure connaissance du phénomène et aidera les pouvoirs publics à mieux cibler leurs actions pour endiguer le fléau», s’est félicité Jean-Claude Delgènes.

Un phénomène mal analysé

Car pour l’heure, les statistiques sur le suicide ne sont pas suffisantes. «Elles ont trois ans de décalage, ce qui ne permet pas de réagir efficacement», souligne Jean-Claude Delgènes. Et seules les tentatives de suicides donnant lieu à un passage à l’hôpital sont recensées. Par ailleurs, les données actuelles ne permettent pas d’identifier les facteurs de risques et les incidences de certains phénomènes sociaux, tels que le chômage de longue durée ou le surendettement par exemple. L’observatoire permettra d’ « analyser et partager les données épidémiologiques, cliniques, sociologiques, statistiques recueillies », précise le Cese.

Une structure fédératrice

Autre intérêt : il fédérera les bonnes pratiques constatées à l’étranger en matière de prévention des suicides et réunir les acteurs de terrain sur le sujet, aussi bien professionnels (médecins, sociologues, psychologues…) qu’associatifs. Avec des effets attendus à la clé: «Dans les pays qui ont mis en place ce genre de structures, comme la Suède par exemple, le taux de suicide a reculé», indique Jean-Claude Delgènes, qui précise aussi qu’un tel observatoire ne sera pas onéreux à monter. «Selon nos calculs, cela pourrait coûter l’équivalent de deux ronds points et cette structure pourrait n’exister que de manière transitoire, pendant trois ou quatre ans, le temps de rattraper le temps perdu dans le domaine». Reste à passer à l’action.