«Les couples recourant à la PMA ne feraient pas n’importe quoi»

INTERVIEW La sociologue Séverine Mathieu publiera à la fin du mois de février les conclusions de son enquête auprès des couples pratiquant la PMA...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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La sociologue Séverine Mathieu en février 2013.
La sociologue Séverine Mathieu en février 2013. — © A. GELEBART / 20 MINUTES

La sociologue Séverine Mathieu a suivi pendant six mois des couples, dont des catholiques, ayant recours à la procréation médicalement assistée (PMA) au sein d’un hôpital parisien. Alors que l’ouverture de cette pratique aux lesbiennes fait débat, elle livre à 20 Minutes les conclusions de son enquête, qui paraîtra le 28 février dans L’Enfant des possibles (Ed. de l’Atelier).

Quel regard les couples catholiques que vous avez rencontrés portent-ils sur la PMA?

En franchissant le seuil d’un centre de PMA, ils sont dans la transgression du dogme religieux, puisqu’ils ont recours à la médecine pour faire un enfant, et non à l’acte sexuel. Ils justifient ça par le fait qu’avoir des enfants est important pour l’Eglise, l’une des vocations du couple étant selon elle de procréer. Certains m’ont cité la Bible : « Croissez, multipliez-vous ». Il faut aussi faire la distinction entre le dogme et les pratiques : au sein de l’Eglise catholique, des prêtres soutiennent ces couples dans leur démarche.

Vous expliquez que les couples recourant à la PMA établissent de nouvelles règles morales. De quoi s’agit-il?

Ce ne sont pas des gens qui feraient n’importe quoi. Ces règles sont centrées sur l’idée que l’enfant à venir est un individu à qui on pourra expliquer ses origines. Les couples que j’ai rencontrés ont tous le souci que ce récit soit cohérent et moralement acceptable, qu’il soit issu de valeurs chrétiennes ou simplement humanistes, c’est-à-dire fondé sur l’affectif et le respect d’autrui. Nous sommes loin des pratiques les plus extrêmes souvent mises en avant dans les médias. 

Le fait que les couples catholiques soient contraints de recourir à la PMA pour avoir un enfant modifie-t-il leur point de vue sur l’ouverture de la PMA aux homosexuelles?

Quasiment tous sont favorables à l’adoption pour les couples d’homosexuels, hommes comme femmes. Mais sur l’accès à la PMA des lesbiennes, un clivage se crée : les catholiques de droite y sont opposés. Les autres personnes rencontrées y sont souvent plus favorables, à condition qu’il y ait « un référent masculin » dans l’entourage de l’enfant. Le lien entre tous ces couples, croyants ou pas, c’est l’infertilité, qu’elle soit « de fait » ou pathologique. Une empathie se crée. L’un d’eux m’a dit « si je n’étais pas passé par là, peut-être que j’aurais pensé différemment, mais là, je comprends. Je sais combien c’est difficile d’être confronté à la stérilité». La plupart des couples disent aussi qu’il vaut mieux légaliser la PMA pour les homosexuelles et au moins encadrer la GPA – puisque ces pratiques existent déjà -, afin d’éviter les dérives.

Les opposants de l’ouverture de la PMA aux homosexuelles combattent l’idée d’un «droit à l’enfant». Vous soulignez que les médecins préfèrent, eux, parler du «désir d’enfant» et que c’est au nom de ce désir qu’ils autorisent les couples à recourir à la PMA...

Parler du désir d’enfant permet de reconsidérer les termes du débat. C’est un enfant du désir. Il n’y a pas de droit à l’enfant. Les gens ne disent pas « j’y ai droit» mais « j’en ai envie».

Quelle conception de la famille les soignants que vous avez vus ont-ils?

La plupart des médecins rencontrés sont en faveur du maintien de la famille nucléaire traditionnelle, avec un père, une mère et les enfants. Mais ils sont tout de même ouverts à différents modèles familiaux.

Quelle est la singularité de la PMA en France?

Le don de sperme est anonyme, contrairement à d’autres pays, et il n’y a pas rétribution des donneurs. C’est un système régi par des modalités d’origines chrétiennes. On l’ignore souvent, mais le fondateur des Cecos (Centre d’études et de conservation des œufs humains), Georges David, est un médecin catholique pratiquant, qui a réaménagé en 1973 les pratiques des Cecos dans des termes acceptables d’un point de vue catholique, à une époque où, en France, les lois de bioéthique n’existaient pas encore.