Salles de shoot: «Il n'y a pas de hausse de la consommation des drogues après l'ouverture des salles»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Les opiacés, dont l'héroïne, sont "toujours là" dans le paysage français des drogues, même s'ils n'occupent plus le devant de la scène, mettent en garde des spécialistes du traitement de la dépendance.
Les opiacés, dont l'héroïne, sont "toujours là" dans le paysage français des drogues, même s'ils n'occupent plus le devant de la scène, mettent en garde des spécialistes du traitement de la dépendance. — Martin Bureau AFP/Archives

Votre salle de consommation est ouverte depuis 2001. Quel bilan tirez-vous?

Le bilan est plus que positif. Les salles comme la nôtre sont indispensables dans la prise en charge des toxicomanes. Il s’agit d’une politique de réduction des risques sanitaires vis-à-vis d’une population qui ne peut pas arrêter de consommer de la drogue.

 Les opposants arguent pourtant que cela favorise la consommation de drogue…

C’est faux, et toutes les études menées à travers le monde l’ont prouvé! Il n’y a pas de hausse de la consommation des drogues après l’ouverture des salles. On ne va pas dans ses salles s’acheter de la drogue comme on va dans une boulangerie s’acheter un petit pain au chocolat. Les salles de shoot s’adressent à un public qui est déjà toxicomane et elles leur viennent en aide.

Comment cela se passe-t-il, justement?

Notre salle est ouverte sept jours sur sept, huit heures par jour. Nous accueillons entre 60 et 70 toxicomanes chaque jour. Cela correspond à près de 150 injections quotidiennes. Bien sûr, nous ne fournissons pas les produits mais le matériel (seringues neuves…) afin qu’ils puissent réduire les risques sanitaires. Quinze collaborateurs sont présents pour les aider dans les démarches. Ils consomment essentiellement de l’héroïne mais aussi de la cocaïne et de la méthadone (substitut à l’héroïne).

Cela a-t-il permis de diminuer le nombre d’overdoses?

Depuis l’ouverture en 2001, nous n’avons pas eu un seul décès par overdose dans le centre. Pour la simple raison que nos collaborateurs sont formés à la réanimation et que nous sommes en lien direct avec les hôpitaux afin de permettre une prise en charge rapide en cas de problème. Et puis, surtout, nous en avons profité pour former plusieurs consommateurs aux premiers gestes de réanimation afin qu’ils puissent agir sur leurs camarades en cas de souci quand le centre est fermé et qu’ils consomment dans la rue.