Les maternités françaises bientôt submergées?

SANTÉ e drame de la maternité de Port-Royal ce week-end a remis sur le devant de la scène médiatique une vieille question: nos maternités sont-elles en surcharge?...

Aurélie Delmas

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Photo d'illustration dans une maternité.
Photo d'illustration dans une maternité. — DIDIER PALLAGES / AFP

Après le décès in utero du bébé d’une femme qui aurait dû accoucher jeudi à l’hôpital Cochin-Port Royal de Paris, l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) estime ce mardi que la prise en charge de la patiente n’a pas été jugée «médicalement nécessaire».

Alors que la mère a été renvoyée chez elle, l’AP-HP estime que les effectifs et les lits disponibles étaient en nombre suffisants. En d’autres termes, contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, son renvoi n’est pas dû à une saturation du service. Pourtant, Dominique Cabrol, gynécologue obstétricien et chef de la maternité Port-Royal, confiait la veille au Parisien: «On était en saturation totale». 20 Minutes fait le point sur la fréquentation des maternités françaises.

Trois fois plus d’accouchements que la moyenne à Port-Royal

Selon le ministère de la Santé, près de 790.000 accouchements, répartis dans 535 maternités, ont eu lieu en 2010 en France métropolitaine. Soit un peu moins de 1.500 accouchements par maternité et par an en moyenne. Un seuil supérieur au «seuil de rentabilité» fixé par Andrée Barreteau, de la Fédération hospitalière de France interrogée par le Figaro, «autour de 800 à 900 accouchements chaque année».

A titre de comparaison, la maternité Cochin-Port-Royal a réalisé 5.000 accouchements en 2012 - une maternité de type 3 réalise en moyenne 3 025 accouchements.. C’est l’une des trois ou quatre plus grandes maternités de France avec ses 105 lits d’obstétrique et 40 lits et places de gynécologie.

Une situation symptomatique de la logique qui régit ces établissements, et contre laquelle s’insurge le Collège national des sages-femmes dans un communiqué daté de ce dimanche: «Le CNSF a demandé, tout comme d’autres, la révision de ces décrets désormais obsolètes avec des maternités réalisant 3.000, 3.500, 4.000, 5.000 ou même 6.000 naissances!»

Une maternité sur cinq a fermé depuis 2005

Ces pôles gigantesques, parfois surnommés «usines à bébés», sont en passe de devenir la norme. Depuis 2001, alors que le nombre de naissances a augmenté de 5% (751.186), 20% des 679 maternités ont fermé. Soixante-dix communes ont perdu leur maternité et 2.000 lits ont été supprimés.

On peut estimer qu’au début de la décennie, à peine plus de 1.100 accouchements étaient réalisés chaque année dans chaque maternité. Premiers touchés: les petits établissements, réalisant moins de 300 accouchements par an au profit de maternités «moins nombreuses, mais mieux équipées» selon les termes du ministère.

Entre 2001 et 2010, on est passé de 263 à 111 maternités de «type 1», qui prennent en charge les grossesses sans risques. Quant au nombre de maternités de type 2 et 3, il a très légèrement progressé.   

Des effectifs en baisse

En parallèle, les effectifs sont en constante baisse. L’ouverture de la maternité de Port-Royal, qui emploie 68 sages-femmes, s’est par exemple accompagnée d’une réduction de 30% des personnels. Selon la CGT, 19 lits étaient disponibles jeudi à Port-Royal mais ne pouvaient pas être attribués «faute de personnel». Il y a un an, les syndicats avaient déjà pointé un «danger grave et imminent» en raison des sous-effectifs.

Le CNSF estime que la situation de surcharge de travail survient à «plus de 2 femmes par sage-femme, sans aucune activité surajoutée».  Le communiqué diffusé lundi soir par l’AP-HP renvoie au mois de mars les résultats d’une étude approfondie des dysfonctionnements supposés à la maternité de Port-Royal.