Maternité de Port-Royal: Quelles défaillances ont pu conduire à la mort du bébé?

SANTÉ près le drame, de nombreuses questions se posent sur le fonctionnement des maternités...

Aurélie Delmas avec agences

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La maternité de Port-Royal, à Paris.
La maternité de Port-Royal, à Paris. — VINCENT WARTNER/20MINUTES

Une triple enquête est lancée pour éclaircir les circonstances du décès à Paris d'un bébé in utero, jeudi, imputé par les parents à la saturation de la maternité où l'accouchement devait avoir lieu. «20 Minutes» revient sur les problèmes de fond soulevés par ce faits-divers tragique.

Que s’est-il passé entre jeudi soir et vendredi?

Jeudi, un jeune couple se présente à la maternité de Cochin-Port Royal. Un rendez-vous, déjà reporté, avait été programmé à 7h, puis décalé à 11h «pour examen et déclenchement de l’accouchement». «Nous étions déjà venus aux urgences la semaine précédente, témoigne Stéphane, le père, dans les colonnes du Parisien. Ma femme leur avait dit que le bébé ne bougeait pas beaucoup. Et elle avait mal au côté gauche».

Mais, faute de place jeudi, et après examen médical aux urgences, le couple est prié de rentrer chez lui car le service est saturé. Selon le chef du service obstétrique Dominique Cabrol, interrogé par le Parisien, l'examen de la patiente montrait un rythme cardiaque «normal» du foetus. Devant les douleurs de la jeune femme, le couple aurait demandé un transfèrement dans une autre maternité. Mais cette proposition leur a été refusée.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la mère ne sent plus bouger son bébé et fonce aux urgences. Mais le décès du bébé in utero est constaté. La grossesse de la jeune femme était considérée «à risques» avec crainte d’un accouchement précoce.

Comment doit fonctionner la clinique Port-Royal?

La maternité Cochin-Port-Royal, récemment rénovée, est la maternité la plus grande de Paris. Classée de type 3, elle est censée pouvoir prendre en charge les grossesses les plus délicates et dispose d'unités obstétriques, de néonatalogie et de réanimation néonatale. Elle a enregistré 5.000 naissances en 2012.

Pour Marisol Touraine, ministre de la Santé interrogée ce lundi par France Info, cette maternité est même l’«une des maternités les plus réputées pour la prise en charge des grossesses à risque».

Depuis 1998, une classification différencie les établissements de type 1, qui assurent la prise en charge des grossesses normales, de ceux de type 2 et 3 qui assurent la prise en charge des grossesses à haut risque et des nouveau-nés présentant des détresses graves. Un classement qui «aboutit au discrédit des maternités qui n'étaient pas de niveau élevé», estime Jean Marty, le président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens. «Les gens ont pensé qu'ils étaient plus en sécurité dans les maternités de type 3 et on a eu un engorgement de ces établissements», explique le syndicaliste. 

Quels dysfonctionnements à la clinique Port-Royal?

L’avocate du couple, Nedjma Abdi,  a dénoncé ce week-end sur France Info «des dysfonctionnements qui ne peuvent plus perdurer en 2013 en France». En effet, l’accident a eu lieu dans un établissement de type 3, en plein Paris, bien loin des zones de désert médicaux. 

«Il y avait des lits disponibles, et c'est ce que nous essayons de vérifier. Nous voulons savoir ce qui a amené le service à envoyer cette femme à son domicile», a par ailleurs indiqué le directeur des hôpitaux de Paris-Centre, Patrick Houssel. «Il y a avait les effectifs normalement requis par les tableaux de service. Nous allons vérifier que les personnes étaient bien à leur poste», précise-t-il. 

Le président de l'association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, estime de son côté sur BFMTV que ce drame est le fruit d’un manque de moyens, rappelant que le nombre de maternités est passé de 1.350 à 550 depuis 1974. Reste à savoir pourquoi cette jeune femme, sur le point d’accoucher, n’a pas été transférée dans une autre maternité.

Que cherchent à prouver les différentes enquêtes ?

Vendredi, une enquête interne a été déclenchée par la direction de l'hôpital afin de déterminer si les personnels étaient tous opérationnels à leurs postes.

Dimanche, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après la plainte contre X pour «homicide involontaire par négligence» déposée par le jeune couple. Ces-derniers ont également demandé à ce qu’une autopsie soit réalisée.

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a, de son côté, appelé à une enquête administrative et médicale, avec des experts pluridisciplinaires tant internes qu’externes, pour «faire toute la lumière» sur cette affaire.

De premières réponses sont attendues ce lundi après-midi. Mais les résultats complets de l'enquête lancée par la ministre sont quant à eux attendus d’ici à un mois.