L'Unesco sensibilise l'armée pour protéger le patrimoine au Mali

Avec Reuters

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Depuis le début du conflit au Mali, l'Unesco fournit des cartes topographiques et les coordonnées des sites culturels aux forces armées engagées contre les groupes islamistes afin de protéger le patrimoine malien des bombardements. Quatre sites au Mali sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco: le tombeau des Askia, la ville de Tombouctou, les villes anciennes de Djenné et les falaises de Bandiagara.

Les groupes islamistes armés, qui avaient pris le contrôle du nord du pays en profitant du chaos créé par le coup d'Etat militaire à Bamako en mars 2012, ont détruit des tombeaux et des mausolées à Tombouctou, des sites considérés par les rebelles comme hérétiques et relevant de l'idolâtrie. Fin janvier, des miliciens islamistes auraient également mis le feu à Tombouctou à l'institut sud-africain Ahmed Baba, contenant des milliers de manuscrits, avant de fuir l'avancée des troupes franco-maliennes.

«La documentation de l'Unesco a commencé à recueillir des informations topographiques dès avril 2012, en fait dès lors que les premières profanations de sites protégés ont eu lieu», explique Lazare Eloundou, chef de l'unité Afrique à l'Unesco chargé du patrimoine culturel, dans un entretien à Reuters TV. «L'idée était de fournir en prévision d'une intervention militaire un maximum de données aux forces armées sur place et de renseigner les douanes et la police pour éviter les pillages», poursuit-il. 

Au total, 3.000 cartes ont été publiées et 8.000 passeports - des documents contenant une présentation et des photographies des sites culturels maliens - ont été imprimés par l'Unesco. Le gouvernement malien les a distribués à ses troupes en décembre avant d'en remettre aux autres gouvernements concernés, selon Lazare Eloundou.

Patromoine en danger

Plusieurs armées africaines, dont celles du Togo, du Niger, du Nigeria et du Tchad, participent à l'opération lancée par la France le 11 janvier en appui des forces maliennes contre les groupes islamistes armés. La directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, a écrit aux chefs d'état-major «afin de leur rappeler que les frappes aériennes devaient éviter les sites protégés», dit Lazare Eloundou. A la suite de ce courrier, «elle a fait adresser de nouveaux passeports et cartes aux forces en présence».

Le «passeport pour le patrimoine des biens culturels à préserver» contient des photographies des sites culturels situés à Tombouctou, Gao et Kidal. Une carte permet de visualiser les sites patrimoines sensibles dans les villes de Tombouctou, de Gao et d'Es-Souk. On y voit notamment un site militaire de Tombouctou, occupé un temps par les islamistes, situé à quelques centaines de mètres de la mosquée de Djingareyber, illustrant les difficultés des forces armées à opérer dans une ville chargée d'histoire.

Les trois grandes mosquées de Tombouctou, Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahi, ainsi que les 16 mausolées ont été inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco en 1988. Le tombeau des Askia à Gao a été inscrit en 2004. Après la destruction de onze des mausolées, et des portes de Sidi Yahi en juillet 2012, les deux sites ont été inscrits sur la liste de l'Unesco du patrimoine mondial en danger. L'Unesco prévoit d'envoyer une mission au Mali «dès que la situation le permettra» afin d'évaluer les dommages, arrêter un plan d'action avec le gouvernement malien et évoquer les efforts de reconstruction et de réhabilitation des sites endommagés.