Massacre d'Oradour-sur-Glane: «Je suis d’accord pour témoigner de ce crime contre l’humanité»

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Le village d'Oradour-sur-Glane.
Le village d'Oradour-sur-Glane. — CHAUVEAU NICOLAS/SIPA

Comment réagissez-vous à l’ouverture de cette enquête?

C’est positif. J’ai envie de dire mieux vaut tard que jamais. Le problème, c’est que les coupables sont forcément très âgés aujourd’hui. D’après les informations que j’ai pu obtenir, je sais juste que les six SS qui ont été retrouvés par la justice allemande ne sont pas les officiers qui ont donné les ordres ce jour-là. C’est dommage.

Pensez-vous qu’il y aura un procès du massacre d’Oradour-sur-Glane un jour?

Je ne sais pas. Les personnes mises en cause sont âgées et ne sont pas toutes en état de témoigner. J’aimerais bien qu’il y ait un procès. Pas vraiment pour le résultat. Mais pour l’Histoire. Pour les générations futures. Pour le devoir de mémoire, il faut faire toute la lumière sur ce crime de guerre qui est, pour moi, un crime contre l’humanité.

Avez-vous été contactée dans le cadre de cette nouvelle enquête?

En décembre, j’ai reçu un coup de téléphone de la gendarmerie de Paris. En tant que rescapée, ils m’ont demandé si j’accepterai éventuellement de témoigner. Bien sûr, j’ai dit oui. Mais pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Mardi, les enquêteurs ont fait les premières constatations sur les lieux. Ils voulaient surtout faire des relevés topographiques, comprendre comment les choses s’étaient déroulées. Avec les autres rescapés, il est possible que l’on soit contactés dans les prochains mois.

Il reste beaucoup de survivants d’Oradour?

A ma connaissance, il reste sept témoins. Il y en a deux qui étaient détenus dans une grange. Quand les Allemands ont fusillé, ils ont été sauvés par les corps de leurs camarades situés devant. Ensuite, ils ont réussi à s’échapper. Deux autres personnes ont réussi à se cacher quand ils ont vu les Allemands débarquer. Et puis, il y a moi et les deux personnes qui sont arrivées plus tard en tramway.

Racontez-nous…

A l’époque, je travaillais à Limoges. Ce samedi, j’ai donc pris le tramway pour rentrer à Oradour dans ma famille. Je devais fêter mes 19 ans le lendemain. Au départ du tramway déjà, on nous a dit que les Allemands étaient à Oradour et qu’aucune nouvelle n’avait filtré. Sur la route, j’ai commencé à apercevoir de la fumée au loin. Et puis, on nous a fait descendre du tramway. On ne savait pas ce qui se passait. Des SS nous encerclaient. A un moment donné, comme nous posions des questions, l’un d’eux m’a dit: «De toute façon, il n’y a plus personne de vivant à Oradour». C’est ainsi que j’ai appris la mort de mon père, de mon grand-père, de mon oncle, de ma tante et de nombreux cousins…