Une enquête allemande sur le massacre d’Oradour-sur-Glane

Vincent Vantighem

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Le village d'Oradour-sur-Glane.
Le village d'Oradour-sur-Glane. — BRIAN HARRIS/EX/SIPA

A l’époque des faits, ils avaient dix-sept ou dix-huit ans. Aujourd’hui, ils en ont quatre-vingt-cinq et ne sont pas tous en état d’être interrogés. Six anciens SS de l’ancienne division blindée nazie Das Reich font l’objet d’une enquête pour «crime de guerre» diligentée par le parquet de Dortmund. Ces six Allemands sont soupçonnés d’avoir participé au massacre d’Oradour-sur-Glane qui coûta la vie à 642 civils français retranchés dans ce petit village de Haute-Vienne, le 10 juin 1944.

«Faire souffrir encore plus»

Symbole de la barbarie nazie, le village d’Oradour-sur-Glane a été totalement ruiné ce jour-là. Regroupés dans l’église, les femmes et les enfants ont brûlés dans l’enceinte du bâtiment. Les hommes, dispersés, dans différentes granges ont été, quant à eux, fusillés. «Les SS ont tiré dans les jambes et après ils ont mis le feu aux granges pour les faire souffrir encore plus», raconte ainsi Camille Senon, l’une des rares rescapées du drame.

«Aujourd’hui, le sang doit couler»

Plusieurs enquêtes avaient été ouvertes par la justice allemande mais elles avaient été, à chaque fois, classées faute de preuves. Cette fois, ce sont les recherches d’un historien qui a relancé l’affaire. En découvrant en octobre 2010, un document extrait des archives de la Stasi (les services secrets de l’ex-RDA), il remonte le fil de l’histoire et découvre le témoignage de deux SS, ayant participé à l’opération. «Aujourd’hui le sang doit couler», aurait notamment annoncé l’un des officiers à ses troupes, d’après ce témoignage.

La France coopère

Pour mener à bien son enquête, le procureur de Dortmund, Andreas Brendel a réclamé à la France une «demande d’entraide pénale internationale». «Il s’agit d’apporter le concours de la justice pour les aider dans leur démarche, confirme-t-on au Parquet de Paris. Sur ce sujet, la coopération est très étroite entre les deux pays.» Mardi, c’est donc accompagnés d’une magistrate française du pôle «Génocide et crimes de guerre» que les enquêteurs allemands se sont rendus dans le village détruit d’Oradour-sur-Glane. «Il s’agit de premières constatations, confirme une source proche du dossier. Pour l’instant, personne n’a encore été interrogé. Mais cela pourrait se faire dans les prochains mois…»