«Mariage pour tous»: «On a ramé pour ramener tout le monde»

DÉCRYPTAGE es défenseurs du «mariage pour tous» ont peiné à mobiliser. Mais ça pourrait changer...

M.Gr.

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Des soutiens au projet de loi sur le mariage pour tous défilent à Paris, le 16 décembre 2012.
Des soutiens au projet de loi sur le mariage pour tous défilent à Paris, le 16 décembre 2012. — L.BONAVENTURE / AFP

«Evidement, plus il y aura de gens, plus on sera contents.» Deux semaines après la forte mobilisation des opposants au «mariage pour tous», ce sont cette fois les partisans du projet de loi qui appellent à manifester dimanche à Paris. Loin de vouloir rentrer dans une guerre des chiffres, ils seront «plus nombreux que lors de la première mobilisation», indique tout de même Dominique Boren, le vice-président de l’association APLG. «On le sent», anticipe-t-il.

Les partisans du texte espèrent en effet réunir plus de manifestants que le 16 décembre. Entre 60.000 et 150.000 personnes avaient alors défilé à Paris pour soutenir le projet de loi du gouvernement socialiste.

Remobiliser et sensibiliser

Car cette fois, «les moyens ont enfin été mis», souligne Dominique Boren, ce qui n’était pas le cas lors de la première mobilisation. Le vice-président de l’association espère même voir entre 150.000 à 300.000 personnes dans la rue. «Trains, cars… Les moyens sont enfin mis», explique-t-il, même s’il a fallu «ramer pour ramener tout le monde».

Car la mobilisation des «anti» a surpris. «Ils ont mobilisé en profondeur», explique le représentant associatif. «Les anti, ça fait six mois qu’ils se préparent. Mais qui pouvait anticiper ça? Nous, on aurait dû avoir le soutien de collectifs d’artistes depuis des mois.»

Car face à la mobilisation des anti, il a fallu remobiliser. Et sensibiliser les citoyens. «Notre message ne s'adresse pas aux opposants, il s'adresse à la société tout entière et aux législateurs qui ont pour devoir de déconstruire les fantasmes et la peur véhiculés par l'opposition», explique de son côté Nicolas Gougain, porte-parole de l'Inter LGBT.

Effet booster

Et puis, «tous ceux qui ont battu le pavé savent qu'il est toujours plus facile de manifester contre un texte que pour un texte», a estimé sur iTélé la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Une façon de relativiser le risque d'une mobilisation moins forte dimanche que celle du 13 janvier dernier, mais également d’expliquer la difficulté à mobiliser.

Une affirmation que pondère Erik Neuveu, sociologue et spécialiste des mouvements sociaux. «Tout engagement contre quelque chose peut être transformé en mouvement pour, explique-t-il. Et là, il peut y avoir un agacement face aux prises de parole, notamment de l’Eglise, qui vont pouvoir avoir un effet booster.»

Le précédent du pacs

Sans oublier le précédent du pacs, «qui devait passer comme une lettre à la poste», rappelle le sociologue. Mais d’après lui, nul doute que les associations homosexuelles, qui ont l’habitude des mobilisations, sauront y parvenir là encore.

Reste enfin «l’ambiguïté de notre manifestation, explique Dominique Bedin. Parce qu’on soutient une loi qui va être votée, tout en ne sachant pas vraiment ce qu’il y aura dedans.» C’est que la question de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les homosexuelles, initialement prévue dans le cadre du projet de loi, sera examinée à partir de mardi par les députés et sera intégrée au projet de loi sur la famille qui doit être examiné en mars.

«On aurait préféré une loi complète dès la première fois, mais l’enjeu vaut que l’on soit un peu patient», confesse Dominique Baden. Et mobilisés.