Une école en grève à Paris le 22 janvier 2013
 Une école en grève à Paris le 22 janvier 2013 — THOMAS SAMSON / AFP

ÉDUCATION

Rythmes scolaires: Pourquoi ça coince?

rès de 80% des professeurs des écoles parisiens étaient en grève ce mardi. Les enseignants s’opposent au projet de Vincent Peillon sur la réforme des rythmes scolaires. Et ils ne sont pas les seuls...

Ce mardi, les écoles parisiennes sont en grève à Paris avant une mobilisation nationale ce mercredi. En ligne de mire, le projet de loi de Vincent Peillon qui prévoit le retour à la semaine de quatre jours et demi dès la rentrée 2013. Une réforme qui «ne satisfait ni les élèves, ni les parents, ni les enseignants, ni les élus!» prétend une porte-parole su Syndicat National des Instituteurs et des professeurs des écoles FO (Snudi-FO). 20 Minutes s’est penché sur ce qui coince pour chacun.

  • Les enseignants redoutent un traitement inégalitaire

La profession semble rejeter massivement le projet de loi. Et dénonce le flou qui entoure le temps de présence des enseignants dans les établissements scolaires. «Personne ne sait ce qui doit se passer après 15h30, critique une porte-parole Snudi-FO interrogée par 20 Minutes. On s’en remet aux communes pour décider des activités, de l’emploi du temps des enseignants et des élèves. Cela transforme l’école de la République en une école des territoires», laissant le champ libre à des inégalités de traitement selon la richesse des communes.

Les enseignants redoutent aussi une dégradation de leurs conditions de travail: fatigue accrue avec la suppression de la coupure du mercredi, possible augmentation du temps de présence, frais de transport et de garde… sans aucune compensation salariale.

  • Les parents  veulent y voir plus clair sur les «activités périscolaires»

Pour Valérie Marty, présidente de la Peep, la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public, qui n’appelle pas à manifester, «changer les règles, pourquoi pas,» mais les parents d’élèves «n’ont aucune garantie sur la mise en œuvre de cette réforme. Rien ne dit que les enfants ne devront pas quitter l’école à 15h30. Nous réclamons des garanties sur la gratuité et la qualité des activités périscolaires» proposées après les cours.

Quant à la réduction du temps de travail pour les élèves, la journée devant passer de 6h à 5h30 maximum, elle ne convainc pas. «Nous savons que les enfants vont passer le même nombre d’heures à l’école. Pour eux cela ne changera pas grand-chose» car ils resteront dans la collectivité au moins jusqu’à 16h30, dément Valérie Marty. Ils devront même se rendre à l’école 180 jours par an, contre 144 aujourd’hui.

«Concernés au premier chef», les parents d’élèves du Peep, réclament donc un report de l’application en 2014 et la mise en place, d’ici là, d’une concertation entre les mairies et les conseils d’école car, «jusque là, le maire a tout pouvoir» déplore Valérie Marty.

  • Les maires s’interrogent sur le coût d’une telle réforme

Après 15h30 ou 15h45, d’après la réforme, chaque commune devra organiser la prise en charge des enfants. Or cela implique de nombreux recrutements et peu de communes seront prêtes à la rentrée 2013. Pour faire face à ce calendrier serré, François Hollande a promis un fonds spécifique de 250 millions d’euros, destiné en priorité aux maires qui s’engagent dès la rentrée 2013. Cela revient à 50 euros par élève et 90 euros dans les zones défavorisées. 

Mais le fonds est dégressif et, dès 2015, ces dépenses risquent de se répercuter sur les impôts locaux. D’autant que l'Association des maires des grandes villes de France estime qu’il faudrait plutôt 150 euros par enfant et par an, soit 600 millions d'euros pour l'ensemble des enfants en année pleine.

Même son de cloche du côté de l’Association des maires de France (AMF), qui précise sur son site internet qu’«il ne faudrait pas que l’imprécision actuelle conduise de facto à la prise en charge financière par les communes d’un temps relevant de l’obligation de service des enseignants. Il ne faudrait pas non plus qu’elle laisse penser qu’il y a obligation d’accueillir tous les élèves jusqu’à 16h30 alors que ce temps périscolaire est en droit facultatif.»

Les communes ont jusqu’au 1er mars pour demander un report de l’application de cette réforme en 2014. La mobilisation des professionnels ce mardi et de ce mercredi pourrait peser dans la balance.