Mali: La guerre va-t-elle se tenir à huis clos?

MONDE Alors que les premiers combats au sol entre militaires français et islamistes ont commencé mercredi au Mali, aucun journaliste n'est autorisé à entrer dans les zones de combat...

William Molinié

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Des soldats français sur la base de Bamako, au Mali, le 14 janvier 2013.
Des soldats français sur la base de Bamako, au Mali, le 14 janvier 2013. — REUTERS/Joe Penney

A Bamako, les journalistes sont sur les starting-blocks. Plusieurs d’entre eux ont tenté de pénétrer au nord du Mali, dans les premières villes bombardées par l’armée de l’air française. En vain. Ils ont été arrêtés ou refoulés par l’armée malienne au niveau de Ségou, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale.

Plusieurs médias internationaux ont d’ores et déjà qualifié le début de ce conflit de «guerre à huis clos». Jean-Paul Mari, envoyé spécial du Nouvel Observateur, exprime sa frustration dans un article publié sur le site de l’hebdomadaire. «Cinq heures de route jusqu’à Ségou, la base de départ, et deux ou trois heures de plus pour essayer d’aller au contact. Rien à faire. Le passage est bloqué avant Mopti et Sévaré. Et rien ne sert de brandir l’autorisation qui est délivrée par le ministère de la Défense et de l’information. Ou plutôt, sans elle, on se fait arrêter bien plus vite», raconte-t-il.

RSF réclame «le libre accès»

Officiellement pour des raisons de sécurité, les autorités maliennes refusent l’accès du théâtre des opérations aux reporters. Une posture qui rappelle celle adoptée pendant la première guerre du Golfe. «Rappelez-vous. Interdiction de se rendre dans le désert, police militaire saoudienne qui pourchassait les journalistes rebelles, communiqués en béton armé, flot d’images obscènes […]», poursuit Jean-Paul Mari.

D’après Reporters sans frontières (RSF), une équipe de France 24 a été repoussée par «les autorités maliennes dans la ville de Sévaré, qui marque l’entrée dans la zone de combat, alors qu’ils tentaient de rejoindre les terrains d’opération par leurs propres moyens». L’association réclame depuis «le libre accès des journalistes aux zones de combats».

L’absence de journalistes sur place alimente « la théorie du complot »

Pas d’image, pas de témoignage, pas de son. Le champ de bataille au nord du Mali est sanctuarisé. Sans doute la présence sur ce terrain des «Forces spéciales», qui se battent au «corps-à-corps» contre les islamistes à Diabali, n’y est pas étrangère. Culte du secret, entraînement dans la quasi-clandestinité, peu habitués à communiquer... Ces commandos mobiles, ultra rapides, sont ce que la France dispose de plus efficace dans tous les corps d’armée confondus.

«On comprend qu’il ne faut pas interférer dans les opérations spéciales. Mais ce sont aux médias d’évaluer les risques», soutien Lucie Morillon, responsable recherche à RSF, contactée par 20 Minutes. «Laisser une guerre se tenir à huis clos, c’est la meilleure manière d’alimenter la théorie du complot», regrette-t-elle, estimant que le «public ne se contentera pas des déclarations officielles et des bilans des autorités». «Il faut aller sur place pour vérifier les rumeurs, d’autant plus que l’armée malienne semble être accusée d’avoir commis des exactions», poursuit la responsable de l’organisation.

«Il est encore temps. Qu’on laisse travailler les reporters. Tous médias confondus. Sans se sentir obligé de les materner. Et sans se sentir dans l’obligation de les tenir au plus loin des lieux de l’action? En un mot, qu’on laisse les médias faire leur travail. Normalement», conclut l’envoyé spécial du Nouvel Observateur.