Karim Mokhtari: «Aujourd’hui je ne subis plus, je suis acteur de ma vie»

INTERVIEW Ancien détenu devenu militant pour la réinsertion, il publie un livre sur son parcours...

Propos recueillis par Mathieu Gruel

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Karim Mokhtari, ancien détenu aujourd'hui réinséré, raconte dans un livre son combat contre lui-même et le système pénitentiaire.
Karim Mokhtari, ancien détenu aujourd'hui réinséré, raconte dans un livre son combat contre lui-même et le système pénitentiaire. — DR

Son témoignage est poignant. Enfant torturé, tombé dans la spirale de la violence, Karim Mokhtari s’en est pourtant sorti. Aujourd’hui coordinateur national pour Unis Cité, il publie ce jeudi Rédemption, itinéraire d’un enfant cassé. Ce livre, co-signé avec son ami Charlie Carle, plonge notamment le lecteur dans la réalité impitoyable du monde carcéral, dans lequel il a passé un peu plus de six ans entre 1996 et 2002, avant de se réinsérer. Pour «20 Minutes», il revient sur cette trajectoire singulière.

Pourquoi ce livre, dix ans après être sorti de prison?

J'ai eu envie de le faire, il était temps. Pas forcément pour m'exposer, mais pour montrer qu'on peut changer. Et aussi pour lancer deux messages. Le premier afin d'alerter sur le parc pénitentiaire et sa vétusté. Le second, pour donner de l'espoir par rapport à ma trajectoire. Parce que j’ai concrétisé ma réinsertion. J'ai donc choisi ce support, pour que ce soit accessible, pour éveiller les consciences.

Comment s'est déroulée l'écriture?

A l'époque, je vivais en colloc’ avec Charlie Carle. On avait beaucoup de débats, d'échanges. Souvent, je nourrissais ces discussions d’exemples personnels. A un moment, il m'a dit: «Il faut qu'on écrive un bouquin!» Alors j'ai dit: «Si tu veux.» A partir de là, j'ai mis toute ma vie dans un tableau Excel. Tous mes souvenirs. Ensuite, dès qu'on se voyait, on prenait une case et je plongeais dans mes souvenirs. Après nos entretiens, je ressortais KO, épuisé. Grâce aux enregistrements audio de ces séances, Charlie se chargeait de retranscrire. J'apportais ensuite mes précisions ou corrections. Ça a pris deux ans et demi.

Certains passages sont très durs. Voire crus...

Cette écriture, je la voulais transparente, honnête. Je ne voulais pas être dans la demi-mesure ni dans l'analyse. J'ai essayé d'être au plus près de la réalité. L'idée était de susciter une prise de conscience sans être donneur de leçon. Il y a pas mal d'idées reçues sur les prisonniers.

Vous y parlez également du rôle qu’a joué la religion pour vous…

Oui, le spirituel m'a aidé à croire en mon destin. Avec l'Islam, j'ai compris que les épreuves étaient là pour me faire grandir. Cette détention, c'est aussi une affaire spirituelle, sur la dureté des choses, la solitude. Nombreux sont ceux qui n'ont pas la force de tenir le coup en prison.

Aujourd'hui, vous vous sentez réinséré?

Disons que je me suis inséré. Parce qu'en entrant en prison, je ne l'étais pas. J'attendais beaucoup de la prison, mais elle n'a pas répondu à mes besoins. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui je ne subis plus, je suis acteur de ma vie. Je suis dans l'éducation et je veux aider. Mais tout cela n'est pas un acquis. Il faut le nourrir chaque jour. Cette réinsertion, il faut que je la confirme dans le temps.

Quels sont vos projets?

Ecrire était un exutoire. Ce livre, c'était pour laisser tout ça derrière moi, mais sans oublier pour autant. C'est une étape intermédiaire. Maintenant, avec mon association Carceropolis, j'aimerais retourner en prison. Mais pour y rencontrer des détenus ou des surveillants. Pour aider. Car la prison doit permettre de soigner les détenus. Et avec 25.000 agents pénitentiaire pour 4.000 agents d'insertion, on voit pour l'instant où est mise l'énergie.

Rédemption, itinéraire d’un enfant cassé, de Karim Mokhtari er Charlie Carle, 21 €, aux éditions Scrineo, parution le 17 janvier 2013.