Affaire Bettencourt: Stéphane Courbit face aux juges

avec AFP

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Stéphane Courbit, 47 ans, patron de la holding LOV Group, a quitté jeudi soir comme simple témoin assisté le bureau du juge d'instruction de Bordeaux Jean-Michel Gentil qui l'a interrogé toute la journée sur l'investissement géant de Liliane Bettencourt dans sa société.
Stéphane Courbit, 47 ans, patron de la holding LOV Group, a quitté jeudi soir comme simple témoin assisté le bureau du juge d'instruction de Bordeaux Jean-Michel Gentil qui l'a interrogé toute la journée sur l'investissement géant de Liliane Bettencourt dans sa société. — Nicolas Tucat afp.com

Stéphane Courbit, 47 ans, patron de la holding LOV Group Industrie (LGI), est entendu jeudi depuis 9h30 par les juges d'instruction en charge de l'affaire Bettencourt à Bordeaux, pour s'expliquer sur les conditions d'un investissement de 143,5 millions d'euros de l'héritière de L'Oréal dans sa société.

L'ancien patron d'Endemol France, qui avait introduit les émissions de télé-réalité en France avec Loft Story en 2001, était convoqué en vue d'une mise en examen pour abus de confiance et abus de faiblesse.

Le 3 janvier, l'avocat Pascal Wilhelm, qui avait joué les intermédiaires dans l'opération, et qui était à la fois le mandataire de Liliane Bettencourt et l'avocat de Stéphane Courbit, a été lui-même mis en examen pour complicité d'abus de confiance aggravé et abus de faiblesse dans cette affaire.

Plutôt souriant

Stéphane Courbit est arrivé vers 9h15 entouré de ses avocats, Mes Francis Teitgen, Alexis Werl et Daniel Lalanne, un cartable à la main, plutôt souriant et sans fuir les photographes, avant de gagner le couloir de l'instruction pour une audition qui promettait d'être longue. C'est son premier rendez-vous avec le juge Jean-Michel Gentil et ses collègues Cécile Ramonatxo et Valérie Noël, après avoir accompli deux périodes de garde à vue à la brigade financière de Paris, à la mi-juin et à la mi-décembre.

L'affaire porte sur l'investissement réalisé par Mme Bettencourt en deux fois, en décembre 2010, puis au printemps 2011, dans LGI, après évaluation du groupe. Celui-ci est présent dans les jeux en ligne (BetClic...), l'énergie (Poweo Direct Energie...) et la production audiovisuelle (Banijay, qui produit notamment les émissions de Nagui).

Depuis cette entrée au capital, faute de succès d'une médiation avec la famille pour dénouer cet investissement, Liliane Bettencourt est à la tête de 20% de la société de Stéphane Courbit. Cette situation, au vu de l'activité récente des différentes branches du groupe, n'est pas forcément une mauvaise affaire.

Sollicitée pour la moitié de la somme

Mais elle n'avait été sollicitée à l'origine que pour 75 millions d'euros, la moitié de la somme, un deuxième investisseur de taille équivalente étant recherché par Stéphane Courbit. En définitive, c'est elle qui avait réinvesti quatre mois plus tard. Les juges se demandent si Stéphane Courbit n'a pas rompu le contrat initial, en faisant réinvestir Liliane Bettencourt, et si le premier apport de 75 millions ne peut pas en réalité être assimilé à un prêt qui aurait dû être remboursé.

Le tout concernant une femme richissime, mais aujourd'hui âgée de 90 ans et qui a été expertisée comme mentalement affaiblie depuis septembre 2006, quatre ans avant l'investissement. Elle est depuis octobre 2011 sous la tutelle de sa famille.

Dans une interview au Figaro en juin 2012, Stéphane Courbit déclarait avoir trouvé Liliane Bettencourt, qu'il avait rencontrée deux fois, «tout à fait informée» du dossier. Au Monde à la même époque, il avait cependant indiqué n'avoir pas parlé «des modalités techniques», c'est-à-dire d'argent, avec elle. «Question de civilité», avait-il dit.

La fille et le gendre de Liliane Bettencourt étaient au courant

Dans cette interview au Monde, Stéphane Courbit avait ironiquement observé que le protocole définissant l'investissement avait été signé le 17 décembre 2010, concomitamment à un accord de réconciliation entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise Bettencourt-Meyers, à «'l'intelligence» duquel «tous les (...) observateurs rendaient hommage» à l'époque.

La défense devrait aussi faire valoir que la fille et le gendre de Liliane Bettencourt étaient au courant de l'investissement et ne s'en étaient pas émus. Notamment, il existe des mails de Me Wilhelm à la famille Bettencourt-Meyers mentionnant cette opération. L'entourage de la fille et du gendre de la milliardaire avait répondu que ces écrits étaient formulés «en termes généraux, et sans préciser les termes et conditions» de l'investissement, les détails n'étant arrivés qu'un peu plus tard.

Si Stéphane Courbit était mis en examen jeudi, il serait le dix-septième à l'être dans l'un ou l'autre des aspects de cette nébuleuse judiciaire et le dixième dans le volet «abus de faiblesse».