Etats-Unis: Les nominations de Barack Obama à la sécurité nationale font polémique

B.D. avec Reuters

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Le président américain Barack Obama (C) annonce la nomination de Chuck Hagel (G) au Pentagone et de John Brennan (D) à la CIA, à Washington le 7 janvier 2013.
Le président américain Barack Obama (C) annonce la nomination de Chuck Hagel (G) au Pentagone et de John Brennan (D) à la CIA, à Washington le 7 janvier 2013. — REUTERS/Kevin Lamarque

Avec les arrivées de Chuck Hagel et de John Brennan, respectivement au poste de secrétaire à la Défense et à la tête de la CIA, qui complètent la nomination du sénateur John Kerry à la tête du département d'Etat, l'équipe chargée des questions de sécurité nationale du président Barack Obama est désormais au complet. Cependant, ces deux choix risquent de susciter la controverse.

Le choix de Chuck Hagel, un conservateur atypique, pour remplacer l'actuel titulaire du portefeuille de la Défense, Leon Panetta, risque en effet de passer difficilement au Sénat, qui doit entériner les deux nominations et où les alliés du président démocrate ne disposent pas de la majorité qualifiée nécessaire pour surmonter une obstruction des républicains.

Un «choix incroyablement controversé»

Les détracteurs de l'ancien sénateur républicain du Nebraska rappellent qu'il s'est opposé non seulement aux sanctions contre l'Iran ou la Libye mais a aussi critiqué l'influence de ce qu'il a appelé le «lobby juif» à Washington. Le président a souligné que le choix de Chuck Hagel était conforme à une tradition bipartisane plus nécessaire que jamais, selon lui, à Washington.

Les élus républicains n'ont pas caché dimanche que le processus de confirmation de la nomination de Chuck Hagel serait difficile. Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, qui s'est souvent exprimé sur le sujet, a parlé sur la chaîne de télévision CNN de «choix incroyablement controversé». Ses détracteurs affirment que Chuck Hagel, qui a quitté le Sénat en 2008, s'est parfois opposé aux intérêts d'Israël, votant plusieurs fois contre les sanctions américaines à l'encontre de l'Iran. Ses partisans affirment au contraire que son soutien pour Israël n'est pas à démontrer.

Forcing

Devant le Sénat, Chuck Hagel devra aussi expliquer certains de ses propos. En 1998, il avait estimé qu'un candidat à un poste d'ambassadeur n'était pas qualifié parce qu'il était «ouvertement, agressivement gay». Il s'est depuis excusé pour ces propos. Chuck Hagel, qui s'est rapproché de Barack Obama quand ils étaient tous deux sénateurs en raison de leur opposition commune à la guerre en Irak, a aussi été l'un des plus fervents avocats de l'assouplissement des sanctions américaines contre Cuba. En 2011, dans une interview au Financial Times, il prônait une «cure d'amaigrissement» pour le Pentagone.

La confirmation de la nomination de Chuck Hagel suggère que Barack Obama n'a pas voulu apparaître en position de faiblesse en semblant se rendre à ses opposants et être forcé de choisir quelqu'un d'autre que son favori pour un poste très en vue. Déjà, il a dû renoncer à confier la direction de la diplomatie américaine à Susan Rice, représentante permanente des Etats-Unis à l'ONU, en raison de l'opposition des républicains. Le risque pour le président démocrate, en faisant le forcing pour la nomination de Chuck Hagel, est d'entamer le capital politique dont il a besoin pour la prochaine série de négociations sur le budget avec les républicains.

«Interrogatoire poussé»

 

La nomination de John Brennan, conseiller du président pour la lutte antiterroriste depuis son premier mandat, pour succéder au général David Petraeus, qui a dû démissionner de la principale agence d'espionnage américaine en novembre après la révélation d'une liaison extraconjugale, risque de faire également des vagues à Washington. John Brennan semble avoir toujours été le choix de Barack Obama pour diriger la CIA. Mais l'opposition pourrait venir des associations de défense des droits de l'homme.

John Brennan, qui a déjà travaillé pendant 25 ans à la CIA, n'avait pas été retenu pour la direction de l'agence du renseignement en 2008 compte tenu des interrogations suscitées par les méthodes d'«interrogatoire poussé», certaines assimilables à la torture, utilisées sur les personnes soupçonnés de terrorisme sous l'administration Bush. John Brennan avait à l’époque démenti tout lien avec ces méthodes d'interrogatoire, mais avait retiré sa candidature.

Depuis, l’homme a été salué pour son rôle dans la préparation de l'opération qui a permis l'élimination d'Oussama ben Laden en mai 2011 au Pakistan. Ses partisans estiment que cet épisode aidera à faire taire les critiques et permettra de faire passer sa nomination. «Les états de service de Brennan (...) l'ont préparé à être un directeur exceptionnel de la CIA. Brennan a la pleine confiance du président, a expliqué un haut responsable de l'administration Obama. Pendant quatre ans, il a vu le président tous les jours, et été à ses côtés pour ses décisions les plus difficiles.»