Twitter: 140 signes à caractère haineux

WEB Le gouvernement s'inquiète de certains messages homophobes ou racistes sur le réseau...

Vincent Vantighem

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Le site de micro-blogging Twitter.
Le site de micro-blogging Twitter. — NICHOLAS KAMM / AFP

Il a beau être convoqué prochainement au tribunal pour «incitation à la haine raciale», Sipak continue de «rire de tout et n'importe quoi» sur Twitter. Deux mois après avoir publié des messages sur le réseau social affublés du mot-clé #UnBonJuif, ce commercial d'une vingtaine d'années a réitéré de tels actes ce week-end en s'imaginant dans la peau d'un nazi.

«#SiJetaisNazi j'utiliserais diverses méthodes archaïques à l'encontre des juifs, exemple, couper en 31 morceaux leur cartilage nasal», lâche-t-il, entre autres, sur le réseau social, sous couvert d'anonymat. «#SiJetaisNazi est l'idée d'incarner un personnage suivant cette idéologie politique, confie-t-il. En aucun cas, ce n'est antisémite. Je considère Twitter comme un divertissement, un amusement…»

 

 

Première réunion reportée

 

 

#Prénomdepute, #TeamHomophobe ou #SiMaFilleRameneUnNoir : les «blagues» qui se sont multipliées ces derniers temps sur le site de minimessages de 140 signes ne font pas rire le gouvernement. «On est attachés à la liberté d'expression, mais on veut trouver un moyen d'arrêter ça», confie un conseiller de Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, qui mesure l'ampleur de la tâche. Lundi, une réunion de négociations avec Twitter a été reportée, l'entreprise n'ayant aucun représentant à envoyer au ministère.

Mercredi, Najat Vallaud-Belkacem devrait toutefois s'entretenir par téléphone avec l'un des vice-présidents de la firme à l'oiseau bleu. «Twitter est ouvert au dialogue, poursuit le conseiller de la ministre. Mais cela prendra du temps. Ses responsables ne nous ont donné aucun gage de bonne volonté.» Régi par le droit américain, Twitter place la liberté d'expression au-dessus de tout.

«Et malheureusement, certains ne savent pas jongler entre le premier et le second degré», regrette Sipak. Si l'on peut rire de tout, on ne peut pas le faire avec n'importe qui sur un réseau qui compte 5, 5 millions d'inscrits en France (+ 53 % en 2012). «Tous ces messages sont répréhensibles, ajoute le conseiller ministériel. Nous ne pouvons l'accepter… Il faut discuter.» Twitter a justement prévu d'ouvrir bientôt un bureau en France. Cela devrait au moins faciliter l'organisation des réunions.