Pilule contraceptive: Pourquoi il ne faut pas paniquer

Isabelle Raynaud

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FRA: pilules contraceptives
FRA: pilules contraceptives — DURAND FLORENCE/SIPA

Depuis la plainte de Marion Larat, jeune femme de 26 ans qui accuse sa pilule d’être à l’origine de l’AVC qui l’a handicapée, les craintes autour des pilules de 3e génération augmentent chaque jour.

Dernier épisode en date, l’annonce mercredi par la ministre de la Santé Marisol Touraine du déremboursement de ces pilules dès le 31 mars. Le danger est-il si important avec ces contraceptifs, en vente depuis les années 1990?

«Il y a un risque avec toutes les pilules», rappelle à 20 Minutes le Dr Bernard Hédon, président du Conseil national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). «Le risque de thrombose est plus élevé avec les pilules de 3e génération, 4 cas sur 10.000. Avec une pilule de 2e génération, ce risque de thrombose est seulement de 2 cas sur 10.000. Mais c'est toujours deux fois plus important que la probabilité d'une thrombose chez les femmes qui ne prennent pas de contraceptif.»

 «Il faut éviter de donner le sentiment que la pilule serait un danger. C'est un médicament. Et à ce titre elle ne peut pas être banalisée», a déclaré Marisol Touraine à l'issue du conseil des ministres ce jeudi.

Réserver les prescriptions aux gynécologues

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) juge «excessive» la prescription des pilules de 3e et 4e génération et menace de limiter les prescriptions aux seuls gynécologues. Aujourd’hui, les médecins généralistes peuvent en effet prescrire toutes les pilules contraceptives.

Une mauvaise idée, selon le Dr Hédon. «C’est une décision prise à la va-vite. Ca peut être un contre-message au message, très important, de l’accès à la contraception pour toutes les femmes.» Il craint ainsi que des femmes ne puissent plus se faire renouveler leur pilule par leur généraliste, même si elles n’ont aucun effet secondaire.

Surtout ne pas arrêter de prendre sa pilule

Pour ce médecin, il n’est «pas essentiel» pour les femmes de connaître la génération de leur pilule. «Si la contraception est bien supportée, il ne faut pas la changer», ajoute-t-il. La crainte du CNGOF et de certains médecins est, après cette «vague médiatique», de voir des femmes arrêter leur contraceptif par peur d’effets secondaires.

Sur Twitter, un médecin généraliste rappelle que sans pilule, le risque de grossesse non désirée augmente…

 

Ces pilules «allaient dans le bon sens»

Pour le Dr Bernard Hédon, il faut prendre du recul et ne pas «nier le bénéfice des pilules de 3e génération». Pour lui en effet, si ce type de contraceptif est aujourd’hui autant prescrit c’est parce qu’il «allait dans le bon sens». Avec moins d’estrogènes et des progestatifs particuliers, ces pilules devaient réduire les effets secondaires des pilules de 2e génération (acné, prise de poids).

«A posteriori, les études épidémiologiques montrent que le risque de thromboses augmente», explique Bernard Hédon. Le CNGOF recommande donc de ne prescrire ces pilules que lorsque les pilules plus anciennes ne sont pas tolérées.

Une recommandation reprise par l’ANSM qui n’envisage pas cependant de retirer les pilules de 3e et 4e générations du marché. Leur déremboursement fin mars devrait freiner leur prescription –les femmes demandant souvent à leur médecin une pilule remboursable (à 65%) par la sécurité sociale- mais pas les stopper. Et pourrait même pénaliser les femmes qui ne supportent pas les pilules de 2e génération.

>> Votre moyen de contraception actuelle est une pilule de 3e ou 4e génération? Etes-vous inquiète? Vous vous êtes renseignée auprès de votre gynécologue? Vous envisagez de changer de pilule, voire de moyen de contraception? le déremboursement envisagé par le gouvernement ne vous freine pas?

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Pour connaître la génération de sa pilule

Pour savoir de quelle génération est sa pilule, information qui n’est pas indiqué sur la boîte, il faut se rendre sur le site de l’Association française pour la contraception. Celle-ci y recense toutes les pilules en donnant leur génération.