Mystérieuse agression d'une syndicaliste d'Areva à son domicile

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Le groupe français Areva a annoncé jeudi la signature d'un contrat avec l'exploitant américain de centrales électriques Exelon, prévoyant la livraison de combustible nucléaire pour ses centrales de Dresden et Quad Cities (Illinois) et de Three Mile Island (Pennsylvanie).
Le groupe français Areva a annoncé jeudi la signature d'un contrat avec l'exploitant américain de centrales électriques Exelon, prévoyant la livraison de combustible nucléaire pour ses centrales de Dresden et Quad Cities (Illinois) et de Three Mile Island (Pennsylvanie). — Philippe Desmazes AFP

Une syndicaliste d'Areva a été agressée lundi chez elle, dans des circonstances encore mal éclaircies, a révélé Libération mercredi en liant implicitement cette affaire à un récent accord avec la Chine, au grand dam du groupe qui annonce son intention de poursuivre le quotidien en justice. La secrétaire CFDT du comité de groupe européen d'Areva, Maureen Kearney, a été assaillie lundi matin à son domicile par un inconnu qui, selon Libération, lui a passé une cagoule, l'a bâillonnée et ligotée -- en guise «d'avertissement», aurait lancé l'agresseur.

Maureen Kearney n'a été libérée que cinq heures plus tard par sa femme de ménage, selon la même source. L'agression a été confirmée à l'AFP par des syndicalistes, sans plus de détails. «Maureen a été agressée chez elle lundi matin. Des militants CFDT, tels que les représentants au conseil de surveillance d'Areva, le coordinateur Jean-Pierre Bachmann, sont actuellement entendus par les forces de l'ordre», a simplement affirmé Michel Toudret, délégué central CFDT Areva NC, la branche nucléaire du groupe.

Michel Toudret s'est refusé à faire un lien quelconque entre ces événements et la signature en octobre d'un protocole d'accord pour le développement d'un nouveau réacteur nucléaire de 3e génération d'une puissance de 1.000 mégawatts (inférieure à celle d'un EPR), conclu entre Areva, associé à EDF, et l'électricien chinois CGNPC, China Guangdong Nuclear Power Company. Mais dans son article, Libération relève notamment que cet accord était un dossier qui «préoccupait» la syndicaliste.

«Coups de téléphone de menace»

Il rappelle que, le 20 novembre, le comité de groupe européen a voté à l'unanimité une résolution demandant à Luc Oursel, président du directoire d'Areva, de lui communiquer le texte de l'accord, n'excluant pas, «si nécessaire, de porter l'affaire au pénal pour délit d'entrave» si les documents n'étaient pas communiqués. Pour le quotidien, «c'est à ce moment-là que les relations entre Maureen Kearney et sa hiérarchie se sont dégradées».

Michel Toudret a confirmé l'inquiétude des syndicats, qui craignent des transferts de technologies, à propos de cet accord tout en refusant de faire le lien avec l'agression, qu'il n'explique pas. Le syndicaliste a néanmoins indiqué à l'AFP que Maureen Kearney, depuis quelque temps, «recevait des coups de téléphone de menaces» et s'est dit «effaré de voir une militante victime d'une agression».

Areva veut poursuivre Libération

Pour sa part, réagissant à l'article de Libération, la direction d'Areva a annoncé vouloir poursuivre le journal en justice pour le traitement «diffamatoire» qu'il fait, selon elle, de cette affaire. Le géant français du nucléaire reproche au journal d'avoir indiqué «par des raccourcis et des parallèles douteux qu'Areva pourrait avoir une quelconque responsabilité dans l'agression de l'une de ses salariés».

Libération -- dont le conseil de surveillance est présidé par l'ancienne patronne d'Areva Anne Lauvergeon-- n'a pu être joint dans l'immédiat. Mercredi, Maureen Kearney restait «choquée, mais chez elle», selon Yannick Rouvière, secrétaire de l'Union fédérale des syndicats du nucléaire, qui se refuse à toute hypothèse. «Nous sommes très réservés. Il y a une enquête de gendarmerie, il faut faire attention, être prudent», a-t-il estimé.

«C'est quelque chose de très sérieux, on a tous intérêt à ce que l'enquête progresse», a-t-il ajouté. Interrogé par l'AFP, le parquet a refusé de communiquer pour l'instant sur le sujet.