Marc Machin, l'innocent incommodant

JUSTICE Alors que la cour de révision a annulé sa condamnation, l'homme initiallement accusé du meurtre de Marie Agnès Bedot est rejugé par la cour d'assises d'appel de Paris. Au premier jour de l'audience, ce lundi, il est revenu sur son parcours chaotique...

William Molinié

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Marc Machin et de son avocat Maitre Louis Balling arrivent à l'ouverture de son procès en révision au tribunal de grande instance de Paris, le 17 décembre 2012.
Marc Machin et de son avocat Maitre Louis Balling arrivent à l'ouverture de son procès en révision au tribunal de grande instance de Paris, le 17 décembre 2012. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Rarement, les questions adressées à l’accusé par les parties civiles ou le ministère public ont été aussi absentes d’une salle d’assises. A l’image d’un procès où le verdict s’annonce sans surprise. En effet, Marc Machin sera probablement acquitté, puisque l’ADN de David Sagno, le véritable meurtrier déjà condamné, a été retrouvé sous les ongles de la victime, Marie-Agnès Bedot, tuée à coups de couteau au Pont de Neuilly le 1er décembre 2001.

Marc Machin a déjà obtenu l’annulation de sa condamnation -18 ans de prison- par la cour de révision. Mais avant de réhabiliter le protagoniste, la cour d’assises s’est attachée lundi à dresser le portrait d’un homme «impulsif», «caractériel», au casier judiciaire émaillé de multiples agressions sexuelles.

Drogue, jeunesse chaotique

Crâne rasé, collier de barbe taillé de près, Marc Machin a adressé un regard de défiance à la salle d’audience avant de se tourner vers la cour et faire sa déposition. Longue inspiration. «Je suis le deuxième d’une fratrie de trois enfants...» introduit-il. Jeunesse chaotique, parcours scolaire laborieux, mésaventures sentimentales, violences, excès de drogues.

Les agressions sexuelles s’enchaînent. Avec souvent le même scénario. «J’avais bu, j’avais trop fumé. Cocktail explosif. Et voilà, passage à l’acte», énumère-t-il. Ses dernières perversions remontent à 2009. «J’étais présomptueux. Après les parutions médiatiques, j’ai pris la grosse tête, le melon. Je ne pensais pas retomber. Je n’étais pas dans l’acceptation de ma fragilité», justifie-t-il, faisant référence aux trois agressions sexuelles de 2009 qui ont déclenché une avalanche d'articles dans la presse.

«La police se défausse»

L’on comprend au fil de son parcours comment les enquêteurs se sont laissés piéger par la facilité d’avoir trouvé «le coupable idéal». «C’est le procès de la compréhension d’un système judicaire qui dérape», dénonce hors prétoire son avocat, Me Louis Balling.

Justement, ce mardi, c’est au tour des policiers et de la justice de s’expliquer. Mais le principal enquêteur de la brigade criminelle qui a recueilli les aveux de Marc Machin en garde à vue ainsi que le juge d’instruction qui a suivi l’affaire ont fait savoir, certificat médical à l’appui, qu’ils ne pourront pas se déplacer et témoigner à la barre. «Je ne peux pas oser croire que la blouse blanche les protège. Mais j’ai le sentiment que la police se défausse», lâche amèrement Me Balling.