Lettre à Hollande: «Nous souhaitons tirer la sonnette d'alarme» lance Jean-Philippe Mallé

INTERVIEW C'est ce qu'estime Jean-Philippe Mallé, député PS des Yvelines, co-signataire d'une lettre au président de la République François Hollande...

Propos recueillis par Anne-Laetitia Béraud

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François Hollande lors du Sommet européen, le 14 décembre 2012 à Bruxelles.
François Hollande lors du Sommet européen, le 14 décembre 2012 à Bruxelles. — FREDERIC SIERAKOWSKI/ISOPIX/SIPA

«Tirer la sonnette d’alarme» en direction du président de la République. Une quinzaine de députés socialistes, dont certains se revendiquant de la gauche populaire, exhortent ce lundi François Hollande à renouer avec l’électorat ouvrier et populaire. Dans un appel relayé par Le Parisien ce lundi,  ces élus estime qu’«il est urgent de remettre l'agenda économique et social en tête des priorités de l'action gouvernementale» et d’instaurer la «grande réforme fiscale redistributive annoncée par François Hollande pendant sa campagne». 20 Minutes a voulu comprendre la démarche avec l’un des signataires de cette lettre, le député socialiste des Yvelines Jean-Philippe Mallé.

Pourquoi publiez-vous cette lettre?

Il est important de rappeler notre engagement pour les réformes sociales et économiques, avant même les réformes sociétales. Membre de la gauche populaire, je fais de la politique pour défendre les classes populaires. Aujourd’hui, nous souhaitons tirer la sonnette d’alarme, être une alerte pour François Hollande. Nous attirons l’attention du président de la République sur la poursuite de ces réformes économiques et sociales.

Etes-vous déçu de l’action de François Hollande?

Déçu, non. Le Président a des contraintes que nous comprenons. Des mesures ont été prises depuis le début du quinquennat mais aujourd’hui il faut aller plus loin. Par exemple, je ne considère pas que le mariage entre personnes de même sexe soit la priorité. La priorité, c’est le social, l’emploi, la lutte contre le chômage, le maintien et l’implantation des services publics dans les territoires.

Le mariage entre homosexuels parasite-t-il le débat politique?

Oui assurément. Les gauches libérales et libertaires occupent malheureusement le haut du pavé, même si elles représentent des niches politiques. Ces gauches sont culturellement très présentes dans les médias, elles intègrent des revendications de certains groupes de pression. Elles correspondent d’ailleurs à l’individualisme de la société. Ce n’est pas ma famille de gauche. Nous nous pensons gauche populaire. C’est pourquoi nous essayons de réagir, de réajuster le tir de cette gauche.

Condamnez-vous, comme le secrétaire national du Parti communiste Pierre Laurent ce week-end, une dérive de François Hollande vers le «versant social-libéral»?

Nous ne sommes pas dans la condamnation comme Pierre Laurent. Nous faisons corps avec le gouvernement et votons les lois, comme celle sur le budget 2013. Mais nous sommes dans l’alerte. On peut comprendre que les Français s’interrogent durant cette période où le chômage explose, où le mariage entre personnes de même sexe parasite le débat.

Qu’attendez-vous comme réaction?

Un débat, un dialogue avec l’exécutif, un volontarisme. Le quinquennat est loin d’être terminé, et si des choses ont été faites, il reste encore beaucoup à faire, notamment sur la fiscalité.

Pourquoi insistez-vous sur la fiscalité dans votre missive?

La fiscalité, c’est un moyen très important de montrer le volontarisme et l’autorité de l’Etat. On cible la fiscalité, car c’est l’outil premier et principal qui corrige les inégalités, qui permet de mieux redistribuer. Nous appelons aussi à un impôt progressif et plus simple, car devenu complexe, opaque, il perd en légitimité.

A la suite de votre lettre, comprenez-vous les critiques pointant le manque de solidarité avec votre groupe politique?

Jusqu’à maintenant, je n’ai pas reçu des critiques, mais plutôt des courriels de remerciement. Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale n’est pas monolithique. Nous avons une cohésion, nous assurons la majorité au gouvernement, mais cela n’empêche pas l’existence de sensibilités différentes. C’est cela la vie démocratique.