Lutte contre la pauvreté: Précaires et jeunes au coeur du plan Ayrault

SOCIAL Jean-Marc Ayrault a présenté mardi un plan de lutte contre la pauvreté, qui touche près de neuf millions de Français...

Reuters
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Foyers, parkings ou locaux à poubelles: des SDF parisiens, qui ont encore à l'esprit l'hiver rude de l'an passé, conjuguent débrouille et aide des associations pour dormir au chaud la nuit et se préparer à l'arrivée de la première vague de froid, annoncée cette semaine.
Foyers, parkings ou locaux à poubelles: des SDF parisiens, qui ont encore à l'esprit l'hiver rude de l'an passé, conjuguent débrouille et aide des associations pour dormir au chaud la nuit et se préparer à l'arrivée de la première vague de froid, annoncée cette semaine. — Bertrand Langlois afp.com

Hausse du RSA, garantie de ressources  pour les jeunes, hébergement d'urgence, lutte contre le surendettement:  Jean-Marc Ayrault a présenté mardi un plan de lutte contre la pauvreté, qui touche près de neuf millions de Français.

Dans un discours devant la Conférence contre la pauvreté et  pour l'inclusion sociale, le Premier ministre a lancé des pistes pour  faire évoluer en cinq ans une situation aiguë dans un contexte  budgétaire très contraint. «La pauvreté n'est pas une fatalité, la précarité n'est pas  un fléau qui s'abat au hasard sur une partie de la population, ce n'est  pas non plus une marque d'infamie», a-t-il déclaré en présence d'une  partie du gouvernement. Le plan, dont les détails restent à dévoiler, devrait être présenté  au comité interministériel de lutte contre l'exclusion le 22 janvier  prochain.

Un coût de 2 à 2,5 milliards  d'euros sur le quinquennat

L'ensemble du dispositif devrait coûter entre deux et 2,5 milliards  d'euros sur le quinquennat, a précisé le Premier ministre. Le  financement des mesures présentées sera précisé en janvier prochain,  a-t-on appris de source gouvernementale. «Ces mesures sont un marqueur de la gauche. On est sûrement en  dessous des espérances mais on a une volonté politique», a dit à Reuters  la ministre en charge de la Lutte contre l'exclusion, Marie-Arlette  Carlotti.

Jean-Marc Ayrault a annoncé une revalorisation de 10% sur cinq ans  du Revenu de solidarité active (RSA), avec une première hausse de 2% en  2013, probablement en septembre, en plus de l'indexation annuelle liée à  l'inflation. Le montant du RSA dit «socle» destiné aux personnes sans ressources  est d'environ 475 euros par mois, bien en-deçà du seuil de pauvreté fixé à 964 euros en 2010. Jean-Marc Ayrault a annoncé en outre pour le premier trimestre 2013  une réforme du RSA activité, venant en complément d'un revenu, «qui n'a  pas atteint ses objectifs».

Selon les chiffres officiels, près de 70% des bénéficiaires  potentiels du RSA activité, créé en 2009, n'y ont pas recours. Des  campagnes d'information seront lancées à cet égard en 2013. Pour les jeunes, priorité du quinquennat de François Hollande, le  gouvernement propose un assouplissement de l'accès au RSA pour les moins  de 25 ans. Quelque 100.000 jeunes supplémentaires pourraient ainsi en  bénéficier. Les familles monoparentales, particulièrement touchées par la pauvreté, devraient bénéficier d'une «amélioration conséquente des aides», dont le montant n'a pas été précisé.

8.000 nouvelles places d'hébergement créées

Sur le volet logement, Jean-Marc Ayrault a annoncé la création de 8.000 nouvelles places d'hébergement. «En plus des moyens supplémentaires accordés à l'automne 2012 et qui  seront consolidés en 2013, nous créerons 4.000 nouvelles places de CADA  (centre d'accueil de demandeurs d'asile) et 4.000 places d'hébergement  d'urgence», a dit le Premier ministre. Le gouvernement envisage aussi une «Sécurité sociale du logement» pour prévenir les risques locatifs.

La mise en place de tarifs sociaux pour l'accès au gaz et à  l'électricité devrait permettre de «passer, à terme de deux millions à  huit millions de bénéficiaires», a-t-il ajouté. Le plan inclut aussi la révision du plafond de la Couverture maladie  universelle (CMU) «de façon à couvrir 500.000 personnes de plus» et la  lutte contre la surendettement. La création d'un registre national des crédits aux particuliers  devrait permettre de faciliter le diagnostic avant toute nouvelle  ouverture de crédit.

Jean-Marc Ayrault a évoqué devant la presse une «rupture de méthode,  de priorités budgétaires et d'action» avec la politique menée par  Nicolas Sarkozy. «C'est le refus de la stigmatisation», a-t-il ajouté. «Tout le monde  l'a dit dans cette conférence : on n'est pas pauvre par plaisir ou par  choix», a-t-il ajouté avant d'épingler les contribuables français qui  choisissent l'exil fiscal pour «s'exonérer de la solidarité avec les  autres Français».

Selon une récente enquête de l'Insee, la France comptait 8,6 millions de personnes en situation de pauvreté en 2010, soit 14,1 % de la population, contre 13,5 % en 2009. Selon la définition de l'Insee, un individu est considéré comme  pauvre lorsqu'il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur  au seuil de pauvreté. La moitié des 8,6 millions de personnes en situation de pauvreté en 2010 vivaient avec moins de 781 euros par mois.