Au départ, c'était une "mission magnifique". A l'arrivée, un "gâchis épouvantable". Le logisticien Alain Péligat a livré lundi un récit amer de l'opération de l'Arche de Zoé, qui projetait en 2007 de "sauver" une centaine d'enfants présentés comme orphelins du Darfour.
Au départ, c'était une "mission magnifique". A l'arrivée, un "gâchis épouvantable". Le logisticien Alain Péligat a livré lundi un récit amer de l'opération de l'Arche de Zoé, qui projetait en 2007 de "sauver" une centaine d'enfants présentés comme orphelins du Darfour. — Eric Feferberg afp.com

Société

L'Arche de Zoé: Une «mission magnifique» devenue un «gâchis épouvantable»

Au départ, c'était une «mission magnifique». A l'arrivée, un «gâchis épouvantable». Le logisticien Alain Péligat a livré lundi un récit amer de l'opération de l'Arche de Zoé, qui projetait en 2007 de «sauver» une centaine d'enfants présentés comme orphelins du Darfour.

«Jamais on ne serait partis faire quelque chose d'illégal», assure Alain Péligat, poursuivi pour aide à l'entrée ou au séjour irrégulier de mineurs étrangers devant le tribunal correctionnel de Paris. Comme de nombreux autres protagonistes, il avait reçu l'assurance qu'un collectif d'avocats était sur pied pour s'occuper des aspects légaux une fois que les enfants seraient arrivés en France.

«Le coeur grand ouvert»

Mais l'opération avait été stoppée net le 25 octobre 2007, alors que l'association s'apprêtait à embarquer avec les enfants affublés de faux pansements dans un avion spécialement affrété à destination de la France. Une évacuation dont les «locaux», qui travaillaient au Tchad avec l'association, ignoraient tout.

Longs cheveux blonds ondulés tombant sur un visage buriné, Alain Péligat, 61 ans, enseignant dans un lycée technique, assure que tous les bénévoles sont partis «de bonne foi, avec le coeur grand ouvert», pour sauver des orphelins du Darfour.

Face à la présidente qui soulignait que les enfants n'étaient pour la plupart ni orphelins ni du Darfour mais tchadiens, le prévenu a objecté que l'on «n'en sait rien», «l'enquête a été faite en deux jours!». Selon lui, il était apparu lors du procès au Tchad, qu'un père ne parlait pas le même dialecte que la fillette qui était censée être sa fille, et qu'ils n'étaient pas de la même ethnie.

Gens de terrain

Selon lui, des parents ont protesté «deux jours après», se plaignant de ne pas avoir touché «l'argent», s'insurge-t-il, mettant en doute la régularité de la procédure devant la justice tchadienne.

«Tout a été truqué, faussé, c'est une catastrophe», résume-t-il furieux, estimant que les récentes déclarations du président tchadien Idriss Deby - qui a contesté la semaine dernière avoir gracié six bénévoles, dont Alain Péligat, condamnés à huit ans de travaux forcés pour tentative d'enlèvement d'enfants - donnent «une idée de ce qui c'est passé au Tchad».

«C'est n'importe quoi», a-t-il tranché, rappelant les accusations de «pédophilie» ou de «trafic d'organes» qui avaient alors été portées mais jamais étayées. Mais pour le logisticien, que les enfants aient été tchadiens et arrachés à leurs parents ou du Darfour et restés dans une zone de guerre, le résultat reste le même: «cette histoire est un gâchis épouvantable».

Dans l'humanitaire depuis «30 ans»

«On n'est pas partis faire de la politique» ou «passer à la télé», a-t-il poursuivi, alors que le président de l'Arche, Eric Breteau, absent au procès tout comme sa compagne Emilie Lelouch, avait évoqué un coup pour forcer la France à agir pour les enfants du Darfour en mettant les autorités devant le fait accompli.

«On est des actifs, des gens de terrain, merde ! Ma bonne foi elle est là», s'est-il emporté avant de s'excuser auprès du tribunal. Dans l'humanitaire depuis «30 ans», Alain Péligat était famille d'accueil dans l'opération, lui qui a sept enfants dont trois adoptés originaires du Cambodge.

Il présidait une association qui finance des orphelinats dans ce pays, mais qu'il a quittée depuis l'affaire de l'Arche de Zoé pour ne pas risquer de lui nuire.