Quarante-trois mille enseignants en plus: Comment les recruter ?

ÉDUCATION e ministre de l'Éducation a annoncé ce lundi le recrutement de 43.000 enseignants d'ici 2014. «20 Minutes» décrypte le projet du ministre...

Aurélie Delmas

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Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale  à Lille, le 15 novembre 2012.
Vincent Peillon, ministre de l'Education nationale  à Lille, le 15 novembre 2012. — MIKAEL LIBERT/20 MINUTES

Alors que 80.000 postes – essentiellement d’enseignants- ont été supprimés dans l’Éducation nationale entre 2007 et 2012, le ministre de l’Éducation décide de renverser la vapeur. Le projet de Vincent Peillon : 43.000 enseignants supplémentaires, premier et second degré confondus, d’ici 2014, et 60.000 d’ici la fin du quinquennat. «Rien de nouveau» dans ces annonces pour Caroline Lechevallier, responsable du secteur «entrée métier» au Syndicat national des enseignements de 2nd degré (Snes). Mais ce projet ambitieux est-il fiable ?

L’objectif de 43.000 enseignants recrutés pourra-t-il être tenu ?

En 2012, 706 postes, sur les 4.848 postes ouverts, sont restés disponibles après les concours, soit 15 % des postes à pourvoir. Un déficit de candidats qui touchait particulièrement les mathématiques, l’anglais et les lettres classiques selon le Snes.

Si les syndicats semblent vouloir croire en la bonne foi du nouveau gouvernement, la question reste donc posée pour Caroline Lechevallier: «Va-t-on trouver des gens pour ces postes?». La représentante syndicale n’est en effet «pas sûre que la peur du chômage suffise à séduire les étudiants, car l’image donnée du métier ces cinq dernières années est dramatique». Vincent Peillon a assuré de son côté qu’il était prêt à ouvrir en janvier «une grande négociation» sur le métier, incluant leur évolution de carrière, leur temps de travail et leur revalorisation salariale.

Des annonces qui n’ont «rien d’un luxe»

Un effort indispensable pour Sébastien Sihr, secrétaire général du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (Snuipp). «Ces promesses doivent être tenues, c’est un appel d’air salutaire pour assurer sur le long terme. Ces annonces n’ont rien d’un luxe si on veut redonner de l’air à une école asséchée». «Il s’agit d’un investissement et pas d’un coût, si on veut préparer sérieusement l’avenir du pays», analyse le syndicaliste.

D’autant que, chaque année, 23.000 contractuels, non titulaires des concours, sont employés en renfort, selon les chiffres du Snes.

2013: 6.100 postes supplémentaires

En 2013, 22.100 postes seront ouverts via les concours, selon le ministère. Soit 6.100 de plus qu’en 2012. Les candidats concernés ont déjà passé les épreuves écrites cet automne et doivent passer les oraux au printemps pour être en poste à la rentrée 2013.

D’après le ministère, 10.000 postes seront ouverts pour le 1er degré, dont 1.000 pour l’enseignement privé. Les syndicats saluent un effort concret. «C’est un recrutement important, se satisfait Sébastien Sihr. On était à 5.000 places en 2012 et 3.000 il y a deux ans».

Pour le 2nd degré, 12.100 postes seront ouverts, dont 1.100 pour l’enseignement privé, soit une hausse de 28 % par rapport à l’année 2012 selon Caroline Lechevallier.

2014: Une session de concours anticipée qui reste floue

Vincent Peillon a également annoncé l’organisation d’une session de concours anticipée qui devrait aboutir au recrutement de 21.530 enseignants supplémentaires en 2014. Une nouvelle formule, avec une formation rémunérée dans des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), qui remplaceront les IUFM dès la rentrée 2013.

Des annonces qui méritent d’être éclairées pour les syndicats car «ces étudiants du deuxième concours ne seront qu’admissibles dans un premier temps», précise Sébastien Sihr. Alors que Caroline Lechevallier s’interroge sur la réalité d’une session supplémentaire de concours en 2014.

Priorité sur l’école primaire

Les recrutements prévus se répartissent pour deux tiers dans le premier degré (écoles primaires) et un tiers dans le second degré (collèges et lycées). Une bonne nouvelle pour les écoles primaires. Sébastien Sihr, qui estime que ces recrutements permettront de remettre au goût du jour la logique «plus de maîtres que de classes», de renforcer les postes d’enseignants spécialisés (Rased) et de remplaçants et d’envisager «des réouvertures de classes là où les effectifs sont surchargés». Pour Caroline Lechevallier, en revanche, «il commence à y avoir une impatience dans le second degré».

Reste à savoir si les étudiants, menacés par la précarité, céderont en masse aux promesses ministérielles malgré des salaires bas et une image du métier écornée. Le salaire moyen des enseignants français est en baisse depuis 1995.

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